Ropraz – Fer + feu = formes !

Joli succès pour les journées « portes ouvertes » à la forge

Michel Dentan  |  Ce sont effectivement des formes, belles et originales, qui sortent de la forge du ferronnier d’art Vincent Desmeules à Ropraz qui avait, ce week-end dernier, ouvert les portes de son lieu de création afin d’y accueillir amis, clients et visiteurs à l’occasion du 20e anniversaire de son installation comme artisan indépendant. Nous avons rencontré ce véritable artiste, passionné et passionnant, qui a toujours rêvé de devenir forgeron. Mais ce métier étant devenu désuet et n’étant pratiquement plus enseigné, c’est comme technicien en constructions métalliques qu’il s’est tourné de prime abord, même s’il savait que cette formation ne lui apporterait pas exactement ce qui l’enthousiasmait et les satisfactions qu’il recherchait. Mais il savait aussi que ceci lui permettrait d’acquérir quelques bases essentielles afin de pouvoir ensuite se tourner vers ce qu’il considérait comme le véritable travail du métal qui lui est cher.

Un peu d’histoire

La forge, tout à la fois lieu de travail, d’inspiration et de création

Après avoir œuvré durant quelques courtes années au service de la construction métallique traditionnelle, c’est en 1998 qu’il décide d’orienter son travail vers ses propres aspirations en ouvrant un atelier à Carrouge VD. En 2004, il apprend que Mario Brossi allait cesser ses activités, lui qui occupait à Ropraz la forge du village, laquelle avait été tenue sans discontinuité depuis les années 1920 par la famille Porchet. D’une forge classique dans laquelle, à l’époque on ferrait les chevaux, puis plus récemment où l’on réparait les machines agricoles, Vincent Desmeules allait modifier la nature de cet atelier en un magnifique lieu de création artistique, tout en veillant cependant à lui conserver son caractère originel, lui permettant ainsi de respecter et de perpétuer les méthodes authentiques et traditionnelles de transformation et de façonnage du fer.

Un véritable alchimiste

De g. à d. Simon Luprano, Arnaud Hiroz, collaborateurs et Vincent Desmeules devant l’une de ses œuvres

Mais l’homme est curieux et perfectionniste. Non content de simplement travailler le métal, même si c’est pour qu’il en émerge des œuvres d’art, toujours soucieux d’affiner ses connaissances et son expérience personnelle, tel un alchimiste, il a voulu débuter par la base en récupérant puis en transformant lui-même du minerai brut en fer. C’est en Valais, au-dessus de Martigny et dans la région de Chamoson, qu’il trouve son bonheur à proximité d’anciennes mines où il collecte les pierres qui lui permettront ensuite, par un processus ancestral de fusion dans un four de sa fabrication, de séparer à quelque 1300 degrés, la silice du fer. Cette technique n’est bien évidemment nullement rentable économiquement, mais il aime l’utiliser de temps à autre car elle lui apporte satisfaction et sentiment de comprendre les origines de la matière qu’il apprécie tant. Vincent Desmeules se veut être un artiste complet et axe son travail sur l’artisanat créatif. Il est important pour lui de rester en lien étroit avec les désirs de ses clients, tout en essayant de leur offrir des réalisations nouvelles et sortant de l’ordinaire. Outre ses sculptures très originales, possédant un style qui lui est propre et que l’on reconnaît souvent, il crée également des objets dont l’orientation est plus utilitaire, mais toujours imprégnés de son exceptionnelle touche artistique. C’est ainsi que sortent également de sa forge escaliers, barrières, main-courantes, mobilier divers. Et c’est grâce à des artisans tels que lui que peuvent encore se transmettre et se conjuguer, dans des métiers dit d’autrefois et dont la tendance est à la disparition, des antagonismes tels que tradition, authenticité, création et innovation.

 Infos: www.vincentdesmeules.ch