Le Musée de l’Elysée à la veille de grands changements

Mise en place d’un ambitieux projet

Pierre Jeanneret  |  Comme on le sait, le musée de la photographie, actuellement sis dans la belle demeure de l’Elysée, va intégrer l’espace Plateforme 10, dans un bâtiment jouxtant le futur Musée des Beaux-Arts, tout à côté de la gare de Lausanne. Son déménagement se fera en 2021. Une conférence de presse vient de dévoiler ses projets pour les trois années qui nous séparent de ce transfert. On apprend ainsi que la surface d’exposition passera de 710m2 à 1500 m2, que la place prévue pour les réserves sera presque multipliée par quatre, qu’il y aura une forte extension de l’espace dévolu à l’accueil, à la librairie, au café, etc. Quant à l’atelier de restauration – un travail très méticuleux souvent ignoré du public – il sera à la pointe du progrès technologique. C’est donc un ambitieux projet qui est en train de se mettre en place. Ces travaux liés au futur déménagement exigeront que le Musée de l’Elysée réduise un peu la voilure de ses expositions temporaires. A partir de mai 2019, il n’y en aura plus qu’une par saison. Mais l’entrée sera gratuite pour tous les visiteurs!  Depuis des années, le Musée s’emploie à mettre en valeur le travail des femmes photographes. Ainsi, du 20 février au 5 mai 2019, on pourra voir une importante rétrospective consacrée à Martine Franck (1938-2012), grande reporter liée à l’agence Magnum. Et du 18 septembre 2019 au 5 janvier 2020, une autre rétrospective honorera Jan Groover (1943-2012), une photographe très attachée à l’aspect esthétique de son œuvre, où l’on trouve de nombreuses natures mortes. Puis le Musée sera définitivement fermé… pour mieux renaître dans le grand espace muséal Plateforme 10. Un autre volet de l’activité du Musée de la photographie est la conservation des collections. Pendant cette période de transition, le public pourra assister au travail indispensable de restauration et d’inventaire des œuvres. L’atelier travaille actuellement sur la collection de Jongh, famille de célèbres photographes lausannois qui ont laissé quelque 150’000 négatifs. Un autre projet, destiné aux écoles, tourne autour du fonds Charlie Chaplin, géré par le Musée de l’Elysée. 

Un témoin critique de la Chine d’aujourd’hui

L’une des deux expositions temporaires actuelles présente cinquante photographies monumentales en couleurs de l’artiste chinois Liu Bolin, réalisées entre 2005 et 2017. Il montre la coexistence, ou le hiatus, entre la Chine ancienne et celle  du pouvoir communiste. Il a notamment photographié des slogans politiques devenus vides de sens, car plus personne n’y prête attention, tels que «Le Parti communiste est la force de progrès». Ces slogans ont été remplacés dans l’esprit des Chinois par une volonté de consommation à outrance (téléphones portables, boissons sucrées, téléviseurs dont les versions obsolètes sont entassées en piles de déchets). Liu Bolin se fait aussi le témoin critique des dégâts écologiques induits par certains travaux pharaoniques, et des effets de ceux-ci sur la santé des habitants. Dans de subtils montages photographiques, l’artiste lui-même s’intègre dans ses oeuvres. Voilà un travail tout à fait intéressant, tant esthétiquement que comme regard sur l’actualité d’un immense pays en pleine mutation. Une autre exposition temporaire présente les images, explicites et brutales, de Matthias Bruggmann sur la Syrie. Par ses présentations actuelles et celles à venir, le Musée de l’Elysée, qui vit donc ses dernières années avant son transfert dans un nouvel espace, vaut donc la visite, en particulier celle des personnes qui ne le connaîtraient pas encore!

«Liu Bolin. Le Théâtre des apparences» et «Matthias Bruggmann. 

Un acte d’une violence indicible», Musée de l’Elysée, Lausanne, jusqu’au 27 janvier 2019.

Liu Bolin, Water Crisis, Hiding in the City, 2013