23 Octobre 2017
N°39 Du jeudi 19 octobre 2017 ● 67e année (N°3206)

Le canal d’Entreroches

Balade historique de l’Association ProLavaux – AVL
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Nature

Jean-Gabriel Linder  |  Samedi 30 septembre 2017, le public était invité par l’Association ProLavaux – AVL  à une nouvelle balade historique à pied, pour passer d’un siècle à d’autres dans un «mouchoir de poche», tout en restant sur un même thème, les voies de communication: voie romaine, canal navigable et voies ferrées à travers le Mormont (Vaud).

Guidés par l’archéologue du territoire, homme de terrain et fin connaisseur des anciens chemins, Jean-Pierre Dewarrat, chargé de cours à la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) en lecture du territoire et du paysage auprès des étudiants de Fribourg, Lausanne et Genève, les randonneurs ont quitté la gare d’Eclépens, après y avoir observé l’entrée des tunnels du Mormont, sur la ligne de chemin de fer Lausanne-Yverdon. Les deux anciens tunnels nord et sud de 1855 ont été assainis et dédoublés par deux nouveaux tunnels parallèles aux anciens, en 2010; les anciens sont en pierre appareillée et les nouveaux en béton. Cette voie ferrée succédait à un canal.

Désaffecté en 1829 suite à un effondrement, le canal d’Entreroches traverse la barre rocheuse du Mormont entre Orny et Cossonay, par une faille naturelle. Le Mormont est un petit morceau du Jura, à la roche calcaire jaune; il s’avance sur le bassin molassique, vestige d’une mer qui recouvrait la région. Le canal a été réhabilité et mis en valeur, suite aux dégâts forestiers de l’ouragan Lothar (1999); un sentier pédestre longe dorénavant le tracé du canal; celui-ci, débarrassé des matériaux accumulés depuis sa désaffectation, donne à voir son soutènement en pierre de taille de plusieurs mètres de hauteur de part et d’autre sur toute la longueur du passage; quant au chemin de halage, il a disparu. Le site est à l’Inventaire fédéral des voies de communication historiques (IVS VD59.1) et constitue une région archéologique protégée par la loi sur la protection de la nature, des monuments et des sites (LPNMS). Un biotope marécageux, créé en 2011, remplace une décharge à ciel ouvert qui comblait l’extrémité sud de la faille. Le canal, jamais achevé, devait s’ajouter aux canaux reliant la mer du Nord et la mer Méditerranée, via le Rhin et le Rhône; il aurait relié le lac de Neuchâtel, depuis Yverdon, au Léman, à Morges, par la cluse d’Entreroches. De 1638 à 1648, sous la conduite d’ingénieurs hollandais avec des fonds financiers néerlandais – les commerçants néerlandais étaient très intéressés par cet itinéraire sûr en terres protestantes –, français, bernois et genevois, 25 kilomètres de canal, avec 13 écluses, sont creusés entre Yverdon et Cossonay; mais les 12,5 derniers kilomètres nécessitant une quarantaine (!) d’écluses ne seront jamais construits, car le capital est presque épuisé. Néanmoins le canal inachevé est ouvert à la navigation jusqu’en 1829, sous l’égide de la famille du Plessis-Gouret. Ses barges (ou razelles, du bas-latin rasellus, radellus) transportent principalement des vins vaudois (85% du trafic) dont les visiteurs venus du vignoble de Lavaux ont retrouvé le trajet en direction de Soleure. Parvenu à l’entrée nord de la cluse, l’on voit la maison du canal, ancien logis du commis responsable du port et de l’écluse d’Entreroches, et aussi auberge; à ses abords, se dresse la copie d’une borne milliaire de l’empereur Hadrien (2e s. ap. J. C.); ce moulage de borne, dont l’original a été trouvé en 1640 pendant le creusement du canal et a été déposé au Musée cantonal d’archéologie et d’histoire (MCAH) à Lausanne, atteste l’existence d’une voie romaine arrivant d’Avenches – à 41’000 pas indique la borne (soit 61 km) – et traversant le Mormont où, en 2006, a été découvert un exceptionnel site celtique, d’importance européenne: environ 350 fosses creusées à même le sol; c’était un lieu de culte de nos ancêtres celtes, des Gaulois de tribus helvètes, vers l’an 100 av. J. C., contenant des offrandes dont des restes d’animaux et d’humains – les humains ayant possiblement été sacrifiés.

A la fin de la visite, J.-P. Dewarrat dont c’était la troisième participation à une balade historique et Armand Deuvaert, l’organisateur de l’excursion de l’Association ProLavaux-AVL, ont été vivement remerciés par chacun.

 

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