La petite histoire des mots

Afrique

Georges Pop | Les Nations Unies ont lancé l’alerte la semaine dernière : quelque 45 millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont menacés par la famine dans les pays d’Afrique australe en raison de la sécheresse, des inondations soudaines et des difficultés économiques qui en sont, notamment, la conséquence. Depuis cinq ans, tout le sud du continent souffre d’un important déficit de pluies qui menace les récoltes, vitales pour les populations de la région. Voilà qui nous amène au nom «Afrique» dont l’origine, encore mystérieuse, fait toujours l’objet de nombreuses et assez fascinantes hypothèses. Selon certains latinistes, le mot «Africa» a été  introduit et répandu par les Romains pour désigner les rives du sud de la Méditerranée, ce nom étant celui que donnaient les habitants de l’Italie à un vent venu du lointain sud. De leur côté, beaucoup d’historiens penchent pour une autre hypothèse : le nom latin « Africa » serait issu de celui des Afridi, une tribu berbère qui vivait près de Carthage, la grande rivale de Rome, fondée par des colons phéniciens, dont la destruction par les légions romaines est vue, de nos jours, comme un des premiers génocides de l’histoire. Mais d’autres historiens sont partisans d’une troisième théorie : « Africa » serait un dérivé du terme phénicien « afar » qui signifiait « poussière », le nord du continent, seul exploré en ce temps-là, étant presque totalement désertique. Et ce n’est pas fini : les ethnologues, et d’autres chercheurs nord-africains, estiment, pour leur part, que l’origine du mot « Afrique » doit être attribué à la tribu berbère des Banou Ifren, dont l’ancêtre s’appelait « Ifren » ou « Afer », tout comme une de leurs divinités féminines symbolisant le soleil. Ce sont les membres de cette tribu qui, les premiers, auraient donné à leurs terres ce nom inspiré de celui de leur ancêtre et de leur déesse ; nom dont les colons phéniciens et les Romains se seraient emparés en l’adaptant. Seule certitude après toutes ces hypothèses – peut-être complémentaires d’ailleurs –, lors de leur invasion, les Arabes baptisèrent «Ifrîqiyya» l’ensemble territorial formé par la Tunisie actuelle et l’Algérie orientale, avant que ce nom soit, dès le Moyen-Âge, étendu à toute la région située au sud de la Méditerranée puis, ultérieurement, à tout le continent. On notera encore que les Grecs de l’Antiquité désignaient l’Afrique subsaharienne du nom «Ethiopie»,  le mot grec «Aithiops» voulant dire le pays où les gens ont le visage brûlé (par le soleil).  Influencé par les Egyptiens, les Grecs avaient, semble-t-il, bien compris que les couleurs de la peau des populations du monde connu à l’époque s’expliquaient par l’environnement et les rayons du soleil, et non en raison de prétendues «races», dont le concept est relativement récent et scientifiquement erroné. D’ailleurs au 18e siècle encore, le naturaliste français Georges-Louis Leclerc de Buffon écrivait: «L’homme, blanc en Europe, noir en Afrique, jaune en Asie, et rouge en Amérique, n’est que le même homme teint de la couleur du climat». La génétique, depuis, lui a donné raison!