La petite histoire des mots

Crèche

Georges Pop | La tradition de la crèche de Noël, encore vivace de nos jours, est née au Moyen-Âge. Selon la légende, ce serait François d’Assise, fondateur de l’ordre des Frères mineurs, couramment appelés franciscains, qui au retour de Terre sainte aurait imaginé dans la nuit de Noël 1223 la première crèche vivante, à Greccio, en Italie. Mais il est vrai que les scènes de la Nativité étaient déjà interprétées depuis des siècles par des acteurs dans les églises ou sur les places des villages. Il n’en demeure pas moins que c’est bien à partir du XIIIe siècle que la coutume de ces mises en scène se répandit, d’abord en Italie puis dans le reste de la chrétienté en Occident. Il fallut cependant attendre la fin du XVIe siècle pour assister à l’apparition des crèches en modèle réduit telles que nous les connaissons aujourd’hui. Leur introduction n’avait d’ailleurs rien d’innocent: c’est dans le cadre de la Contre-Réforme que les Jésuites les répandirent à l’occasion des fêtes de Noël pour exalter la ferveur des fidèles. C’est d’ailleurs à la même époque que se répandit progressivement la tradition de l’arbre de Noël qui est un héritage païen. La Réforme rejetait les représentations des personnages bibliques, à commencer par Jésus et Marie. Les santons étaient du coup bannis par les protestants qui leur préférèrent comme symbole de Noël les branches de sapin puis l’arbre lui-même. Le sapin protestant s’opposait alors aux santons catholiques! Notons au passage que le mot «santon» qui définit la statuette d’un personnage de la Nativité a été emprunté au portugais «santão» qui veut dire «petit saint». C’est encore en ce temps-là qu’aux Pays-Bas, les protestants hostiles aux saints catholiques, remplacèrent saint Nicolas par un personnage semi-laïc appelé «Sinter Klaas», ancêtre de notre Père-Noël. Ce personnage fut ultérieurement rebaptisé «Santa Claus» des anglo-saxons. Pour en revenir au mot «crèche», notons qu’il est d’origine germanique. Il est issu de l’ancien français «greche» lui-même issu du vieux-francique (la langue des Francs qui ont donné leur nom à la France) «krippia» d’où dérive le substantif allemand «Krippe» qui désigne une mangeoire. Il faut se souvenir que la crèche désigne, au sens strict, une mangeoire pour les animaux. Selon la tradition, c’est bien dans une mangeoire que Jésus a été placé juste après sa naissance. C’est bien par extension que la crèche a progressivement désigné la représentation de l’étable et des personnages de la Nativité. Puis c’est par analogie avec le lieu de naissance de Jésus que le mot «crèche» désigne depuis le XIXe siècle un établissement qui reçoit les petits enfants avant leur scolarité lorsque les parents travaillent. Notons encore que les anglophones utilisent dans ce cas le terme de «nursery» issu de «nurse», dérivé du français «nourrice». Le mot anglais «crib», apparenté à l’allemand «Krippe» désigne quant à lui un berceau ou un lit d’enfant. Pour conclure, on peut relever qu’en France ces dernières années le statut des crèches de la Nativité dans l’espace public a soulevé passablement de polémiques relatives à leur prétendue incompatibilité avec la laïcité de la République. Nos traditions multiséculaires s’accommodent parfois tristement mal des astreintes et des crispations politiques modernes. Même à Noël!