“Week-end à la campagne” au Théâtre du Jorat: Quand la culture rencontre l’agriculture
Peu avant l’été, le Théâtre du Jorat programme trois spectacles portant sur le rapport à la terre. En pleine terres agricoles, la réunion du monde de la scène et de celui de l’agriculture a de quoi intriguer. Pourtant, il semblerait que ces deux univers aient bien plus à partager que l’on ne pourrait l’imaginer. A travers ces trois propositions, la Grange Sublime propose à ses spectateurs une virée dans une paysannerie que l’on croit parfois hermétique au monde extérieur et qui, pourtant, a tant à offrir face aux enjeux sociaux actuels.
Quel endroit aurait pu mieux convenir que le Théâtre du Jorat à ce « Week-end à la campagne » ? Forte de sa situation si particulière, salle gigantesque au milieu de la cambrousse, accueil des plus grands noms de la scène francophone et internationale à quelques mètres des vaches et des moutons, la Grange Sublime se devait de mettre à l’honneur sa situation unique. Ce sera chose faite du 5 au 7 juin puisque la scène récemment rénovée fera la part belle aux métiers de la terre.
Et c’est avec un grand classique de la littérature française que démarreront les hostilités, le vendredi 5 juin. Le public joratien s’y verra plongé dans le XIXe de Zola, au sein d’une famille paysanne qui lutte tant bien que mal pour survivre à une heure où l’industrialisation va tambour battant. A l’évocation de ce court résumé, certains auront reconnu La Terre. Et c’est de fait à ce monument de la littérature française, quinzième tome des Rougon-Macquart qui avait créé force polémiques à sa sortie, que s’est attaquée la compagnie nar6 d’Anne Barbot. L’occasion de se replonger dans une époque où le travail de la terre était bien plus manuel qu’aujourd’hui et de constater tout à la fois des changements béants et de curieuses similitudes avec le monde agricole d’aujourd’hui. Rapports humains et familiaux complexes, besoin de survie dans un monde de plus en plus capitalisé, les thématiques ont certes évolué, mais tournent toujours autour de bases semblables.
Saut dans le temps et dans l’espace le lendemain, puisqu’après cette grande fresque sociale, la Grange Sublime poursuit son week-end dans une sphère plus intime. Et après la troupe massive de la veille, c’est seul sur la grande scène qu’Emeric Cheseaux présentera son spectacle La Révérence, créé en 2023, autofiction scénique dans laquelle le comédien formé à la Manufacture met en perspective le village où il a grandi et la « grande ville » où il est parti se former à la comédie. Au centre de ce dispositif, la question de la langue, du « comment-on-parle », et du personnage que l’on joue auprès des siens, auprès des autres.
Enfin, pour conclure ce retour à la terre, le Théâtre du Jorat accueillera l’écrivain vaudois Blaise Hofmann, lui aussi issu d’une famille paysanne, qui lira des extraits de son ouvrage Faire Paysan, accompagné à la guitare et au chant par Stéphane Blok. Une façon de connecter les deux premiers spectacles à une réalité vaudoise contemporaine, et de constater que l’agriculture est un monde aux multiples facettes, mais qui tout en évoluant au gré des lieux et des époques, garde aussi certaines constantes qui font de lui un univers si particulier qu’il en est parfois opaque. Suivra, dans le nouveau pavillon, une table ronde portant sur les réalités actuelles du monde agricole, colloque animé par le même Blaise Hofmann et qui donnera la parole à plusieurs personnalités du monde paysan, en tête desquelles Christian Ramuz, agriculteur et président du conseil de fondation du Théâtre du Jorat.
Culture et agriculture, deux mondes faits pour nous nourrir physiquement et intellectuellement, dont la réunion ne semble pourtant pas aller de soi. L’imaginaire collectif tend d’ailleurs bien souvent à les opposer, d’abord politiquement, dans un spectre où l’on suppose l’artiste ancré dans une gauche bien-pensante et le travailleur de la terre borné dans ses convictions de droite conservatrice et nationaliste. Des événements comme ceux-ci nous montrent pourtant que ces deux mondes ont bien plus à se dire qu’on ne l’imagine et qu’ils ont même cette belle capacité de se nourrir l’un l’autre.






