Portrait d’un infatigable pédagogue, Thomas Zoller, l’enthousiasme partagé !
L’homme de 60 ans est l’âme et l’animateur du projet VoxPop de la rédaction des jeunes désormais accueillie au sein du Courrier. De son enfance autrichienne aux idées foisonnantes d’aujourd’hui, rencontre avec un homme aux mille facettes.

Jeudi dernier 21 mai, vous avez pu découvrir dans ce journal « VoxPop » (pages 6 et 7) le petit journal des jeunes, fait par une équipe de 7 journalistes en herbe âgés de 10 à 14 ans. Dans les prochaines semaines, un nouvel encart sera publié (la matière est déjà sur le feu) et probablement un supplémentaire durant l’été. Ce journal des jeunes, réalisé par les jeunes est soutenu par Le Courrier et par le canton de Vaud, via un programme qui s’engage pour le soutien des médias du canton de Vaud. Sa mission est d’intéresser les jeunes Vaudois à l’actualité locale.
L’idée générale est d’entourer des jeunes intéressés par le journalisme, de les accompagner tout en les laissant libres de leur organisation et de leurs choix. Le but est d’ensuite leur permettre d’éditer leurs propres pages avec un logiciel dédié, de « toucher » leur travail. Plus loin naîtront peut-être des vocations, des opération similaires dans d’autres journaux locaux, des synergies. L’opération qu’abrite désormais Le Courrier est la première où le travail des petits journalistes est publié dans un média auquel le grand public a évidemment accès. Il y a déjà eu – sur le même modèle – des petits journaux, notamment élaborés dans des classes, mais avec une diffusion limitée.
Le concept est inventé et voulu par Thomas Zoller en 2014 avec la création de MagTuner, logiciel de mise en page de son invention, qui permet aux enfants et ados de créer leurs contenus de manière simple. Le même Thomas Zoller a ensuite développé KMP (The Kernel Media Project) qui est un concept d’enseignement et de transmission de la connaissance des médias auprès des jeunes. Rencontre avec un passionné.
« J’avais 12 ou 13 ans. Ma classe est partie en course d’école à Salzbourg. Je n’ai pas pu accompagner mes camarades. Au retour de ces derniers, mon professeur m’a mis devant une machine à écrire pour que je raconte un voyage auquel je n’avais pas participé. J’ai écouté les autres, posé des questions et rédigé ce journal de course d’école… ». C’est sans doute autour de cette anecdote que s’est construite la pensée de Zoller. Il sera d’abord ébéniste (« En Autriche, dans le Vorarlberg, en 1980, tu devenais soit serrurier, maçon ou ébéniste »), puis photographe et journaliste. Désormais, à 60 ans, il enseigne et transmet, en respectant plus que tout un principe à ses yeux intouchable : « L’Humain grandit grâce aux tâches qu’on lui attribue. Il faut écouter la parole des enfants. Dans VoxPop, ce sont les participants qui choisissent le rôle qui paraît le plus adapté pour eux-mêmes (chef, journaliste, photographe, chroniqueur, etc.) et c’est le groupe qui valide ce choix ».
La théorie c’est une chose, la pratique une autre. « Nous nous sommes installés dans les locaux du Courrier, les mercredis après-midi. Une rédaction dans la rédaction. J’ai acheté des vieux Mac d’occasion. On se demandait où on devait mettre le charbon pour qu’ils fonctionnent… ». Repas canadien en commun pour se mettre dans l’ambiance, vaisselle pour l’esprit d’équipe. « L’esprit d’équipe est essentiel pour moi », ajoute Thomas Zoller. « On doit partager durant le travail. Les idées naissent plus facilement ».
Zoller insiste pour dire que ce sont les jeunes journalistes qui font le boulot. Sans contrainte ou mot d’ordre, sinon celui de penser à l’ancrage local du Courrier et les grosses corrections inévitables. Ce qui donne le sourire au coach : « Il m’est arrivé de faire ce travail avec des adultes. Eh bien n’imaginez pas qu’ils font tout bien. Certains inventaient un logo par jour et d’autres proposaient parfois des mises en forme du texte sous forme d’arc-en-ciel… » Pour le mentor, c’est le concept qui doit être compris. Ensuite, les jeunes effectuent leur travail et rédigent leurs textes. « La liberté rédactionnelle est immense. Ils savent et comprennent aussi qu’ils vont être publiés et lus dans un vrai journal, ce qui crée une tension positive supplémentaire ».
Zoller, après avoir été ébéniste, le photographe et journaliste a développé presque naturellement une passion pour l’enseignement. Il rédige une histoire de la photo de presse, analyse les images, donne des cours et se tourne – après avoir longuement travaillé avec des adultes – vers les enfants. Ce qui ne l’empêche pas de poser un regard lucide sur le monde des médias actuels : « Beaucoup de grands journaux se sont tournés vers des recettes généralistes aux dépens d’informations à valeur ajoutée. Aujourd’hui, on nous sert beaucoup de banalités et moins de qualité. Je pense que la presse locale a tout son rôle à jouer désormais. Les gens ont besoin de pouvoir s’identifier, se retrouver, se reconnaître. Connaître aussi les journalistes. Rester petit et le faire bien, voilà un joli défi à relever ».
Le futur proche ? Thomas Zoller est lucide : « Avec l’expérience de VoxPop dans Le Courrier, une nouvelle étape est franchie. J’espère de tout cœur qu’elle débouche sur quelque chose de supplémentaire ». Tout en souhaitant rester proche des écoles, il travaille déjà, via The Kernel Media Project en collaboration avec EyeSmart et JuRep 2.0, à un magnifique projet : la création d’une Académie pour jeunes journalistes. « Mais pour cela – grandir – il me faut de l’aide et de l’argent ». Il s’arrête et sourit. Il sait qu’il vient de balancer une banalité. Mais parfois banalité fait loi.



