Valeurs fondamentales renforcées face aux catastrophes

On se croit le maître de la situation, mais il faut de temps en temps lever les yeux

Gil. Colliard Si les temps que nous vivons, sous la dictature du coronavirus, ont mis à mal l’organisation du genre humain et fait planer une ombre angoissante, ils ont surtout rappelé que l’homme n’est pas un électron solitaire mais qu’il doit sa capacité à surmonter les problèmes à la force qu’il tire l’entraide, du groupe, et en tout premier lieu de la cellule familiale. Nos aînés, qui ont vécu la mobilisation 1939-1945, relèvent cette faculté de se serrer les coudes pour faire face aux difficultés d’alors, tel Jean-François Chevalley qui a bien voulu nous faire part de ses souvenirs, reflet de la vie à la campagne au moment de la mobilisation.

Jean-François Chevalley, dernier membre fondateur vivant de la fanfare de Puidoux

Femmes et enfants se sont attelés à la tâche

« J’avais 11 ans en 1939, c’était une période difficile à la campagne, j’étais le plus jeune d’une famille de 4 enfants. J’habite toujours où je suis né, à la ferme de la Planche d’Ogoz, à Puidoux. Papa et mon oncle, qui nous aidaient pour les travaux, ont été mobilisés. Nous habitions à 2,5 km de l’école où on se rendait à pied. Nous n’avions pas de temps pour jouer. Avant et après l’école, nous aidions notre mère. Notre père qui avait senti ces moments arriver, m’avait appris ainsi qu’à mon frère, de 6 ans mon aîné, à traire les vaches. Ce que nous faisions pendant que notre mère sortait courageusement les fumiers. La traite assurait notre revenu. Nous étions tous à la même étiquette » se souvient l’agriculteur, aujourd’hui retraité. Fort heureusement, le chef de famille, alors âgé de 45 ans, libéré de ses obligations militaires, put rentrer au foyer dès 1940. Un grand soulagement. « Comme nous étions producteurs de lait, maman prélevait la crème et faisait notre beurre, aussi nous donnions nos coupons de rationnement à nos oncles et tantes qui étaient en ville » ajoute-t-il. De ces temps il conserve le souvenir d’un lien familial très fort et harmonieux. « Nous n’avions pas de radio et bien sûr pas de télé, mais nous passions nos soirées à jouer aux cartes ou simplement à discuter ensemble ». 

Coopérer pour réduire les coûts et partager le travail

La fondation de L’Echo des Rochers en 1947

La fin de la guerre a été ressentie comme un grand soulagement, surtout lorsque tous furent rentrés. Jean-François Chevalley, qui avait alors 16 ans, partit une année en Suisse allemande, où il apprit de nouvelles méthodes agricoles. « Mon père a acheté la campagne à côté de la nôtre. Notre oncle a repris des vignes. Mon frère s’est installé dans le nouveau domaine et je suis resté sur celui qui m’a vu naître. Nous avions 4 chevaux pour les travaux, puis vint le premier tracteur suivi par les machines adaptées. Etant côte à côte, nous partagions les travaux et les équipements. C’était une époque où le lait nous faisait vivre. Il était bien payé. Cela nous a permis de rénover de moderniser notre équipement, nous facilitant la tâche. Le travail manuel était moins dur, mais il a été remplacé par le souci des coûts. Mon papa disait: quand tu auras l’argent tu achèteras ! » évoque-t-il. 

Membre fondateur de la fanfare et d’une famille harmonieuse

En 1947, avec 10 amis, notre sympathique retraité, a fondé « L’Echo des Rochers » une fanfare qui compte aujourd’hui une quarantaine de musiciens dont beaucoup de jeunes. C’est avec un sentiment de fierté qu’il regarde cette société florissante. En 1953, il épouse Mathilde, l’amour de sa vie. 12 ans passèrent avant que la cigogne ne dépose une première petite fille en 1965 puis une seconde en 1966. Des cadeaux du ciel, tout comme les quatre petits-enfants qui aujourd’hui font le bonheur de leur grand-papa. « Je suis veuf depuis 14 ans. Mon épouse était un cordon bleu. Quand je me suis retrouvé seul, j’ai pris son livre de cuisine et je me débrouille. J’aime aussi bien chanter, comme ma ferme est isolée, personne ne m’entends ! » plaisante l’homme de la terre qui fidèlement fournit les courges de son jardin pour le souper annuel de la fanfare. En début d’année, il a déposé son permis de conduire. Ses filles font ses courses, il les a au téléphone chaque jour. « Ces temps-ci sont différents, ils sont inquiétants. Les gens bougent tellement. On se croit le maître de la situation, mais il faut de temps en temps lever les yeux. Le secours vient d’en-haut. Je ne suis pas affecté dans mon quotidien. Je vis à la campagne, j’ai de l’espace, je suis plutôt solitaire bien que je retrouverais avec plaisir les rencontres du « Fil d’Argent. Lorsque je repasse le film de ma vie, je suis reconnaissant d’avoir pu puiser ma force dans une famille unie et d’avoir eu des parents qui m’ont montré le bon chemin. Il faut avoir confiance en l’avenir » dit-il en guise de conclusion.