Une titanesque réalisation qui fait la fierté de la Suisse

Gérard Bourquenoud   |  En effet, la Suisse peut être fière du nouveau tunnel du Saint-Gothard, car il représente l’ouvrage du siècle entièrement financé par la Confédération. Cette colossale réalisation, avec ses installations de sécurité les plus performantes au monde, est considérée comme un exploit technique sans précédent. Un ami écrivain qui a vécu le percement de ce tunnel m’a interpellé pour me dire qu’il n’est jamais trop tard de parler d’un tel événement qui s’inscrit dans l’histoire de notre pays.

Le tunnel de base du Saint-Gothard est un tunnel
ferroviaire bi-tube passant  sous le massif du même nom.
D’une longueur de 57 km, enfoui sous une roche de 2300 m de hauteur, il est le tunnel le plus profond et le plus long du monde. Il relie les cantons d’Uri à Erstfeld et du Tessin à Bodio. Le percement a débuté en 1998 et s’est achevé en 2010, alors que l’aménagement de la ligne de chemin de fer et les infra-structures ont exigé six ans de travaux. La température, qui était de 50 degrés dans la roche, a été ramenée à 28 degrés pour le travail du personnel. Ce sont plus de 1800 personnes qui ont œuvré dans le percement de ce tunnel, un immense chantier souterrain qui a fait des centaines de blessés légers, alors que huit ouvriers ont trouvé la mort.

Le début de l’exploitation régulière est prévu le 11 décembre prochain. A partir de cette date, 220 à 270 trains de marchandises vont traverser ce tunnel chaque jour à la vitesse de 160 km/h; ils vont transporter 50 millions de tonnes de marchandises par année. Les voyageurs, dont le nombre est estimé à 6,5 millions par an, bénéficieront d’une cadence horaire à la demi-heure à raison de 50 trains par jour qui rouleront à 250 km/h.

Un autre tunnel de base du Saint-Gothard est en cours de construction au Ceneri sur une longueur de 15,4 km, dont l’ouverture est prévue en 2020; c’est le troisième grand ouvrage faisant partie des nouvelles lignes ferroviaires alpines, avec le Lötschberg (34,6 km) et le Gothard (57 km).

Quelques chiffres

Sur les 28,2 millions de tonnes de déblais, 99,3% ont été réutilisés pour fabriquer du béton ou comme remblai.

Excavation: 20% à l’explosif, 80% par tunnelier. 4 millions de m3 de béton, 1,4 million de tonnes de ciment, 125 000 tonnes d’acier, 3 millions de m2 de treillis
en acier, 4800 km d’ancrages pour la roche, 16’000 tonnes de fers d’armature, 2,8 millions de m2 de feuilles d’imperméabilisation, 308 km de rail, 500 km de canalisation d’évacuation d’eau, 178 galeries de sécurité de liaison, 153 km de lignes de contact, 4 stations de secours, 2 prises d’eau pour extinction
et sauvetage, 7200 balises ETCS, 1900 armoires électriques, 20 minutes de trajet dans le tunnel. Durée des travaux : 18 ans. Durée d’exploitation : un siècle