Solidarité vigneronne au cœur de Lavaux
Lundi 23 février, ils étaient une quinzaine de vignerons, de différents domaines pour finir de tailler les vignes de François Chappuis, du Domaine des Déserts à Rivaz.


Le rendez-vous était pris lundi après le repas de midi. Réunis au Caveau des vignerons de Rivaz, l’équipe du jour finissait leurs cafés, avant de repartir dans les vignes pour terminer la taille des deux hectares de François Chappuis. Ce dernier a subi une lourde opération récemment et il ne pouvait pas terminer la taille de son domaine des Déserts. Sous l’impulsion de sa compagne Nadine et de son beau-fils Gabriel, Eddy Siegenthaler, président des Vins de Rivaz, a réuni les vignerons du village et alentours, pour porter main-forte à François Chappuis.
« Ce matin, on a très bien avancé, réparti en deux groupes entre le Dézaley et Rivaz. On est allé bien plus vite que ce que je pensais », sourit Eddy Siegenthaler. L’objectif est clair, les vignerons ont la journée de lundi pour faire la taille du domaine, retirer les bois et broyer les sarments, il faut donc s’activer et repartir dans les vignes l’après-midi.
Mais comment savoir, lorsque ce n’est pas son domaine, où il faut commencer et surtout où s’arrêter ? « On se connaît tous et on sait plus ou moins où le domaine commence. Après, François a fourni les plans des parcelles à Eddy pour qu’on sache surtout où s’arrêter et ne pas tailler chez le voisin », rigole Bernard Chevalley. Ainsi, en véritable chef d’orchestre de son équipe du jour, Eddy Siegenthaler répartit les vignerons sur les différentes parcelles et chacun s’active pour terminer la tâche du jour.
Une tradition ancrée
Eddy Siegenthaler n’a pas tergiversé une seconde pour organiser cette journée de travail pour un collègue vigneron. En moins de trois jours, la quinzaine de vignerons a répondu présent pour venir aider François Chappuis. « Il y a eu un élan de solidarité. Quand un vigneron a besoin d’aide, on est là. L’entraide vigneronne passe avant tout et dans ces moments-là, il n’est pas question de concurrence », explique-t-il.
D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que le président des Vins de Rivaz organise ce type d’actions. Depuis plusieurs années, les vignerons de Rivaz, et au fil du temps, ceux des villages voisins, viennent en aide aux collègues qui ne peuvent pas accomplir les corvées inhérentes au métier. « C’est la cinquième ou sixième fois qu’un groupe de vignerons se met ensemble pour aider un autre collègue. Au départ, c’était surtout à Rivaz et maintenant c’est aussi les voisins », précise Eddy Siegenthaler. Comme c’est le cas de Bernard Chevalley, vigneron à Saint-Saphorin, qui a répondu présent : « Cela peut arriver à n’importe qui. Parmi les vignerons présents, certains ont fini de tailler et de venir pour une journée ce n’est pas grand-chose, surtout si c’est pour s’entraider ».
De quoi mettre du baume au cœur à François Chappuis, présent pour le repas de midi, qui se dit « très touché par cette initiative. Cela fait vraiment plaisir et c’est une vraie tradition vigneronne ».
Tradition qui touche même la jeune génération. Pour Benjamin Jomini, vigneron à Chexbres, « c’était important d’être là, car c’est une tradition et il faut la maintenir. On est une équipe et on tire tous à la même corde. En plus, on travaille quand même avec des machines et on fait des tâches bien spécifiques, ce serait compliqué de prendre des bénévoles. Finalement, c’est aussi un moment d’échange et ça fait du bien de se retrouver et travailler tous ensemble ».
Lavaux nous prouve une nouvelle fois que l’esprit de solidarité et la préservation de ce patrimoine vivant, fait de personnes passionnées, seront toujours plus fort que la concurrence. Et que certaines traditions ont vraiment du bon.


