Si les fenêtres pouvaient parler…

Gérard Bourquenoud  | Indispensables et utiles, elles le sont, pour chacun de nous, à la vie de tout être humain comme à chaque maison, église, école, car elles permettent la diffusion de la lumière naturelle à l’intérieur. Elle offre aussi une vie quotidienne sur tout ce qui nous entoure, le paysage, le village, le quartier, la rue, la montagne, les gens qui travaillent, un horizon infini sur le monde. Pour les enfants, elles représentent une barrière, une séparation, mais également un mystère. Combien de temps passent-ils devant la vitre à imaginer toutes les aventures fantastiques ? Chacun serait, je crois, étonné du nombre de questions que les fenêtres soulèvent  dans le cœur d’un gosse. Puis ces enfants grandissent, deviennent des hommes  et des femmes qui ont pris conscience de la réalité, du fait qu’ils ont réussi à éclaircir ce sentiment mystique. Avec le temps qui s’efface, les fenêtres perdent, c’est vrai, une partie de leur charme, sauf pour quelques romantiques. Elles deviennent un objet, certes bien utile, mais aussi une opportunité pour les commères de converser entre elles et de critiquer les gens d’à côté et de la rue. Elles offrent, d’autre part, la possibilité de regarder le temps qu’il fait, d’écouter le chant des oiseaux et de découvrir les étoiles dans un magnifique ciel bleu. Un jour, la grêle a tout dévasté et même cassé les vitres. L’orage passé, les fenêtres ont retrouvé leur lumière. Elles permettent à des femmes de scruter l’horizon dans l’attente de leur mari, fils ou père parti au front. Elles sont pour elles un espoir, tandis que pour les hommes, des fenêtres éclairées la nuit sont la preuve que la maison est habitée, qu’il y a du feu dans la cheminée, une femme, des enfants, une chaleur familiale. Pour d’autres, par contre, des fenêtres fermées ou aucune lumière ne brille, cela veut dire que personne ne vous attend. Combien de personnes n’ont jamais rêvé devant une fenêtre ? Surtout lorsqu’arrive la vieillesse. Les fenêtres restent la seule joie de vivre de bon nombre de personnes, la seule réalité qui les empêche de se sentir totalement isolées. Voire même leur seule distraction. Par les fenêtres, entre tout ce qui peut réchauffer un cœur fatigué, les pleurs d’un enfant, le soleil, le son de l’accordéon d’un clochard, l’appel d’un quidam à la recherche d’un plus et parfois une invitation à prendre un café ou à partager un repas. Les fenêtres nous font découvrir une multitude de belles choses, des jardins embellis de fleurs, mais aussi des façades ternies par le gaz toxique, le temps, la pluie, le gel. En plus, elles nous invitent à garder le contact avec l’extérieur, surtout par les temps qui courrent, donc elles jouent un rôle social et de communication très importante dans la plupart des immeubles. Et si elles pouvaient parler… la vie serait peut-être encore plus belle et plus sage !