Saint-Saphorin

Comment l’un des plus beaux villages de Suisse combat le littering ?

Pour faciliter leur ramassage, les petits déchets comme les mégots de cigarettes sont ramassés à la main. 
Chaque jour d’été, les cabines de plages sont contrôlées afin de garantir propreté et sécurité

Thomas Cramatte | Les localités des rives du Léman rencontrent toujours plus de problèmes liés aux déchets sauvages. L’afflux de visiteurs dans le vignoble et sur les plages de Lavaux n’arrange pas la situation, car depuis l’ère Covid, les détritus sont en constante augmentation. Pour freiner et lutter contre le phénomène « littering », les communes adaptent leur gestion des déchets. Explications :

Venant de l’anglais, le terme « littering » est le fait de jeter ou d’abandonner sur la voie publique de petites quantités de déchets sans utiliser les infrastructures prévues. La ville de Lausanne, plus précisément la plage de Vidy, a dernièrement rencontré des cas importants de « littering ». Fort heureusement, ce phénomène épargne quelque peu Lavaux. Quoique, en y regardant de plus près, cette problématique est bel et bien présente dans le district Lavaux-Oron (voir pages 2-3 Belmontinfo). Pour expliquer comment la commune de Saint-Saphorin s’adapte à cette épreuve, nous avons suivi un employé communal lors d’une tournée de ramassage. « Nous avons réduit le nombre de poubelles aux abords des plages. Cela peut paraître contradictoire, mais grâce à cette réorganisation, nous observons moins de détritus au fond du lac », explique Jonathan Schaer, responsable du ramassage des déchets. « S’il y a trop de poubelles, les visiteurs sont incités à les remplir de manière excessive. Résultat des courses, elles débordent et les ordures se retrouvent éparpillées aux alentours ». Apparue il y a deux ans, cette diminution a l’effet escompté, puisque les baigneurs ont tendance à repartir plus facilement avec leurs déchets. Les deux plages que compte la commune sont nettoyées quatre fois par semaine durant la période estivale. Il en va de même avec les 26 poubelles publiques de Saint-Saphorin. Qui dit visiteurs, dit mobilité. La route qui longe le rivage en est la preuve. Avec ses nombreuses places de stationnement, le responsable du ramassage des déchets y apporte une attention particulière : « Les cigarettes sont omniprésentes le long de la route du Lac. Car certains automobilistes n’hésitent pas à vider leurs voitures directement sur place. Mais le pire, ce sont les emballages de nourriture à l’emporter », précise l’employé communal. Ce genre d’ordure est très fréquemment déposée sur la voie publique.

Pollueur-payeur

« Nous essayons de trier du mieux possible l’intérieur des poubelles publiques, mais en raison d’un manque de temps et d’effectif, il est malheureusement impossible de le faire à 100 % ». C’est que les poubelles de Saint-Saphorin (comme toutes autres communes vaudoises) regorgent de trésors : bouteilles de vins, de PET, canettes de boisson, emballages de terreau de jardin et même, une combinaison de traitement des vignes. Pour l’employé communal, ces ordures sont problématiques, car elles remplissent rapidement les poubelles empêchant ainsi les autres usagers de déposer leurs détritus. Pour combattre cette problématique, les communes essayent de recueillir des informations sur l’origine des déchets. « Ce ne sont pas les baigneurs qui utilisent du terreau ou des habits de protection, mais plutôt des habitants ». La loi cantonale sur la taxe au sac a été introduite le 1er janvier 2013. Il faudra attendre deux ans pour la commune de Saint-Saphorin l’applique : « Entre instauration et application, il y a souvent plusieurs mois de décalage. Quoi qu’il en soit, cette taxe permet un meilleur tri des déchets. Par exemple, les flacons de lessives qui doivent être repris par leurs fournisseurs », précise Gilles Guex, municipal en charge des déchets. « C’est également le cas de tous les produits disponibles dans les rayons des supermarchés suisses. Tous les commerçants sont dans l’obligation de reprendre les déchets produits par leurs ventes. Mais l’application de cette loi fédérale n’est pas encore possible aujourd’hui », nous apprend Gilles Guex. En d’autres termes, avec le principe de pollueur-payeur, un citoyen pourrait retourner tous les emballages des produits achetés au supermarché, à ce même supermarché. « Cela permettrait aux consommateurs de récupérer la taxe de recyclage payée lors de chaque achat ».

Fraude

Si la taxe au sac présente de nombreux avantages, elle n’est pas sans inconvénient : « Certains citoyens redoublent d’ingéniosité pour s’épargner les deux francs que coûte un sac de 35 litres », transmet Jonathan Schaer. Lors de notre reportage, l’employé communal a découvert une dizaine de Robidogs dans une poubelle publique. Jusqu’ici, rien d’anormal, sauf qu’à l’intérieur des sacs destinés aux excréments canins, des langes avaient remplacé les déjections. « La commune met pourtant plusieurs rouleaux de sacs taxés gratuitement à disposition des nouveau-nés », détaille Gilles Guex, contacté par téléphone. Cette fraude à la taxe au sac peut coûter très cher, comme l’explique Jonathan Schaer : « Chaque année, nous avons recours à des fouilles de sacs afin de verbaliser ces infractions. L’amende atteint les 300 francs, et peut prendre l’ascenseur en cas de récidive ». Pour Jonathan Schaer, une solution existe afin de lutter encore davantage contre le littering. « La sensibilisation permettrait de combattre ce phénomène », conclut l’employé en laissant entendre que cela passe également par l’éducation de la future génération.

La découverte des langes camouflés dans les sacs à crottes est un exemple parmi tant d’autres de fraude. 
Pour Jonathan Schaer, une meilleure information permettrait de réduire ce genre de comportement,
d’autant plus que la plupart des communes vaudoises offrent des sacs taxés pour chaque naissance