Saint-Saphorin – 90 ans de Violette Eisenhut

Ta bonne humeur, tes yeux malicieux, ton sourire, ton rire, ta bonté et ta bienveillance…

Jean-Pierre Lambelet | Mercredi 26 novembre 1930, Lignières sur les hauts de Saint - Saphorin. Il devait sûrement faire grand beau ce jour-là … ! Comment pouvait-il en être autrement à la ferme d’Augusta et Gustave Forney, face au Léman, dans ce lieu magique entre vigne et campagne ? Ces deux parents réjouis accueillaient Violette, leur deuxième fille après Simone en 1928. Ils ne savaient pas encore qu’une troisième fille, Lucette, viendrait compléter le trio en 1933. Violette a grandi dans ce hameau de Lignières, haut perché dans la commune de Saint-Saphorin, avec une vue imprenable sur le lac et les montagnes. Par contre, il fallait un bon physique pour aller à l’école au village, tout là-bas en bas et remonter pour venir donner un coup de main à papa et maman aux travaux de la terre, car pour Violette, la vraie vie c’est dans les champs et les vignes qu’elle se passe ! Mais, ça ne l’empêche pas d’aller travailler deux hivers à l’Inselspital de Berne entre 16 et 17 ans et aussi à la Résidence Silo à Chexbres qui est aujourd’hui l’EMS La Colline. Bon, le boulot c’est bien, mais quand on est une jolie jeune fille, forcément qu’un beau garçon va vous inviter pour une valse lors des bals qui se déroulaient au restaurant Le Central à Chexbres. Et c’est Erwin Eisenhut qui fait battre ce jeune cœur et lui passe la bague au doigt en 1951. Erwin venait depuis la Suisse allemande pour apprendre le français et travailler dans la région. Pour lui, qui était né à Agno au Tessin, puis placé en orphelinat en Suisse allemande où il avait vécu des années difficiles, le Pays de Vaud et sa charmante épouse allaient illuminer son parcours de vie, d’autant plus que Marianne en 1952, Pierrette en 1954 et Daniel en 1960 sont venus agrandir la famille. Et les travaux continuent à la ferme, avec les foins, les moissons, les vaches et bien sûr la vigne. Parfois, les temps sont durs et en 1964, ils vendent les vaches et Erwin commence à travailler à l’extérieur. Comme en 1959, le canton de Vaud fut le premier en Suisse à accorder le droit de vote aux femmes sur le plan cantonal et communal, Violette a immédiatement saisi l’importance de ce droit en se portant candidate à une place au Conseil communal de Saint-Saphorin où elle fut élue en 1962 et qu’elle a présidé par la suite. Et dire qu’il a fallu attendre 1971 pour que ce droit soit accordé à toutes les Suissesses … Elle fut aussi municipale de 1978 à 1993 et pendant longtemps la seule municipale de la région ! Entre 1984 et 1993, elle assuma aussi la présidence de la commission scolaire du cercle de Saint-Saphorin. Le soussigné a eu le privilège d’assister avec elle à un grand moment de convivialité lors d’une réception organisée par la commune de Lausanne qui invitait les municipalités sur lesquelles elle possède des vignes pour un repas en commun au domaine du Dézaley des Abbayes. Le syndic de Lausanne était alors Jean-Pascal Delamuraz dont la verve et les envolées oratoires pouvaient parfois toucher au sublime et naturellement qu’il a voulu que Violette vienne s’asseoir à sa droite, la place de la reine de la soirée et unique municipale ! Je sais qu’elle en garde un souvenir lumineux, car Jean-Pascal Delamuraz ne s’est pas fait prier, avec son humour décapant, pour houspiller les municipaux, un brin machos, de laisser bien seule à ce poste notre chère Violette ! Et, en plus de tout ça, Violette chante, Violette était actrice au sein du Chœur mixte Forestay qu’elle a bien sûr présidé! Aujourd’hui, elle est veuve et environ 70 ans plus tard, elle est retournée à l’EMS La Colline, mais comme pensionnaire cette fois-ci. Et ce jeudi 26 novembre 2020 fut malheureusement bien différent de ce qu’il aurait dû être avec toute sa famille autour d’elle, ses enfants, ses 5 petits-enfants, ses 4 arrière-petits-fils, les amis, les autorités. Des bisous, des cadeaux, 2 ou 3 discours. Monsieur Coronavirus en a décidé autrement en déclenchant une pandémie mondiale, obligeant les pensionnaires de l’EMS à rester confinés, bien seuls dans leur chambre. Merci Violette pour tout ce que tu as amené de neuf, pour tes idées progressistes, pour ta bonne humeur, tes yeux malicieux, ton sourire, ton rire, ta bonté et ta bienveillance. Bon anniversaire et vivement que Covid-19 vide les lieux pour que l’on puisse te faire un bisou pour de vrai … !