Quand l’idéalisme tue

«Camille» Biopic, drame de Boris Lojkine

Colette Ramsauer. |. Marqué par un séjour au Vietnam et auteur d’une thèse «Crise et Histoire», Boris Lojkine, réalisateur de Hope, 2004 tourné en Afrique, revient sur le continent pour relater le parcours de Camille Lepage, cette française de 26 ans, partie en Centrafrique, la caméra au poing afin de témoigner des atrocités de la guerre opposant les miliciens anti-Balaka aux Sélékas. Prise dans une embuscade le 12 mai 2014, elle y laissera sa vie. Mélange de fiction et de réalité, le récit respecte la vérité de Camille Lepage et des événements où s’est déroulée son histoire. 

Même pas peur

La carrière de Camille Lepage n’aura pas été longue: au Caire, pendant le Printemps arabe, au Soudan, peu de temps correspondante de l’AFP, Camille arrive éprise d’idéalisme à Bangui en octobre 2013, alors que le pays bascule dans la guerre civile. La France déploie ses troupes sans parvenir à stopper la spirale de violence. Victime de près de mille morts, la communauté chrétienne se venge sauvagement contre la population musulmane. Même pas peur, Camille a photographié tout cela. Dans sa démarche, opposée à celle d’un reporter rencontré sur place (Bruno Todeschini dans le film) qui l’avait mise en garde, elle tenait à retrouver l’humanité des anti-Balaka. C’était sa réponse à la violence de la guerre.

Le réalisateur

Boris Lojkine ne connaissait pas Camille jusqu’à l’annonce de sa mort dans la presse. Présent à Locarno où son film a reçu le Prix du public, il déclarait: «Je me sentais proche d’elle par son intérêt porté aux populations lointaines. Mon travail d’enquête, afin de ne pas trahir son vécu, a été de longue haleine. J’ai rencontré ses proches, sa famille qui a approuvé le scénario et découvert le film avec beaucoup d’émotion». Aussi, Boris Lojkine est allé en Centrafrique pour ressentir l’environnement du récit. Le tournage a débuté après une période d’adaptation. En temps que normalien, journaliste et cinéaste, il a formé sur place des jeunes africains à la réalisation de documentaires, ceux-là même qui sont devenus les acteurs du film au côté de Nina Meurisse.

L’actrice 

Nina Meurisse à Locarno, attentive aux questions des journalistes

«Je n’ai pas eu de problème à tenir mon appareil photo, par contre j’ai dû travailler sans cesse le lâcher prise. Le travail de reconstitution du costume était important», déclarait à Locarno, l’actrice Nina Meurisse, 31 ans, dont le physique et le sourire ressemblent à Camille Lepage. En 2000, Nina Meurisse faisait ses débuts au cinéma, dans Saint-Cyr de Patricia Mazuy. Elle enchaîne  ensuite de nombreux seconds rôles au cinéma, à la télévision et au théâtre.

«Camille» – Drame de Boris Lojkine, 2019, F, 90’, 16/16 – Avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini et Grégoire Colin

Prix du public, Locarno 2019 – Sortie le 23 octobre

Occident Impie (Gottlos Abendland) 

L’Europe n’est pas un endroit, mais une idée. L’Europe est une femme et elle est grecque. Sa biographie est faite de merveilles et d’horreurs. C’est un collage de trésors et de sang qui souffre aujourd’hui d’épuisement moral

Suisse 2019, 71’, 16/16Documentaire de Félix TissiAu cinéma d’Oron le 27 octobre à 18hProjection extraordinaire, en présence du réalisateur