Plantes invasives et insectes ravageurs, combats pour des forêts saines

Arbres versés par le vent et en arrière-plan un arbre atteint par le bostryche

Gilberte Colliard | Arbre à papillons, verge d’or, renouée du Japon, berce du Caucase, que de noms poétiques invitant aux parfums des contrées lointaines. Mais tout comme le bostryche joliment nommé typographe, ces plantes colonisent nos forêts et les mettent à mal, demandant une surveillance constante, engendrant des coûts afin de préserver les essences indigènes. On trouve actuellement sur le territoire vaudois 17 espèces figurant sur la liste des plantes exotiques envahissantes qui causent des dommages au niveau de la biodiversité biologique, de la santé et/ou de l’économie. En ces premiers jours de printemps, réveil de la Nature, nous avons rencontré Eric Sonnay, garde forestier du triage de la Haute-Broye afin de faire le point sur la végétation envahissante qu’il rencontre et surveille dans son périmètre:

Renoué du Japon

La renouée du Japon est un véritable fléau, plante herbacée atteignant 3m de hauteur, elle est dotée d’un réseau de rhizomes souterrain très important. Sa tige glabre comporte des nœuds comme un bambou et ses fleurs blanc-crème s’épanouissent en panicules. Elle se plaît dans les talus de chemins de fer, les lisières de forêts et particulièrement le long des cours d’eau où elle déstabilise les berges et accroît le danger d’érosion. «Cette plante possédant une haute capacité de régénération, même à partir de petits fragments, on l’arrache et la fait sécher dans des lieux ombragés, en prenant soin de nettoyer nos outils» explique le professionnel, la considérant comme la plus difficile à combattre. 

La berce du Caucase

La berce du Caucase, en plus d’étouffer la végétation indigène, provoque des brûlures douloureuses jusqu’au deuxième degré, qui peuvent laisser des marques à vie. Plante herbacée vivace atteignant 2 à 4m de haut à maturité, elle développe des fleurs blanches ou jaune verdâtre en ombelles de 30 à 50cm de diamètre. Elle colonise les berges des rivières, lisières, prés, bords de chemins et talus ferroviaires. Deux foyers ont été découverts à Palézieux et Ecoteaux et ont nécessité l’intervention de professionnels.

ambroisie à feuilles d’armoise

L’ambroisie à feuilles d’armoise
engendre de graves problèmes de santé publique par son pollen hautement allergène pouvant déclencher des crises d’asthme. Plante herbacée, de 20 à 90cm de hauteur dont la tige est dressée, ramifiée à la base et poilue vers le haut, elle développe des inflorescences terminales en épis allongés jaunâtres. Elle se plaît sur les sols nus, secs (talus de routes et voies ferrées, gravières, champs, etc.) Une plante produit env. 3000 graines qui peuvent rester dans le sol jusqu’à 10 ans avant de germer. «Jusqu’à ce jour, je n’en ai pas rencontré» rassure Eric Sonnay. 

impatiente glanduleuse

L’impatiente glanduleuse peut atteindre 3m de haut sur une tige robuste et charnue garnie de feuilles lancéolées et dentées en scie. En grappes de 2 à 15, ses fleurs blanches et pourpres sont munies d’un éperon recourbé. Elle envahit les berges des cours d’eau, les forêts riveraines, les zones déboisées et les chemins forestiers, étouffant les espèces indigènes. «Elle est arrivée il y a env. 30 ans. Elle s’installe d’une façon surprenante après une coupe. J’ai assisté à une explosion dans la forêt de l’Arrêt (Ferlens). On la combat par le fauchage, afin qu’elle n’asphyxie pas les jeunes plants, mais fort heureusement elle disparaît dès qu’elle se retrouve à l’ombre» explique notre interlocuteur.

buddleia ou arbre à papillons

Le buddleia de David ou arbre à papillons est un arbuste exotique planté dans les jardins pour son effet décoratif, il entre en concurrence avec la végétation indigène et tend à limiter la diversité. Ses rameaux souples de 2 à 5m de haut sont recouverts de feuilles vertes ou grisâtre et d’inflorescences terminales en grappes denses de 20 à 50cm de long, allant du blanc au violet foncé. Il aime les éclaircies forestières, les talus et peut devenir envahissant, obligeant à le combattre pour préserver le rajeunissement naturel ou les plantations forestières.

solidage américain ou verge d’or

Le solidage américain ou verge d’or est une plante herbacée de 50 à 250cm de haut dont les tiges recouvertes de petites feuilles dentées se termine en inflorescence de petites capitules jaune vif. Apprécié pour décorer les jardins, ses graines se répandent à grandes distances par le vent. Il affectionne les milieux naturel humides et la forêt où il concurrence et étouffe les espèces indigènes.

solidage américain ou verge d’or

Le robinier faux-acacia est un arbre pouvant atteindre 25 m de haut, ses rameaux sont fortement épineux. Il développe en début d’été des fleurs blanches et odorantes en grappes pendantes de 10 à 20cm de long. Il est utilisé comme arbre d’ornement dans les parcs mais son envahissement conduit à un appauvrissement de la biodiversité. Son écorce, ses graines et ses feuilles sont toxiques. «Bien que ce soit un bon bois pour la fabrication de piquets (imputrescible) il ne faut jamais en planter dans son jardin» recommande Eric Sonnay.

Virulence du bostryche dans la forêt du Chanay à Oron-la-Ville 

Autre combat et pas des moindres, celui qui consiste à lutter contre la prolifération du bostryche, ce petit insecte coléoptère qui colonise les épicéas, interrompant le flux de la sève à l’intérieur de l’écorce provoquant ainsi la mort de l’arbre infesté. «La forêt du Chanay a reçu, il y a plus de 30 ans déjà, un impact de foudre en forme de parapluie s’abattant sur un diamètre d’env. 30m. Or faisant suite à cet évènement, je découvre régulièrement tous les 3 ans des épicéas attaqués par le bostryche ou versés. Nous effectuons un gros travail d’assainissement afin de préserver les arbres sains, et de sécurisation dans cette forêt d’accueil, la plus parcourue de mon territoire, appréciée pour la promenade et pour sa piste Vita» relate le garde forestier. Une coupe y a été réalisée dans le courant de l’hiver et nous découvrons 4 gros épicéas, en front de coupe, tombés sous l’action des vents tempétueux de début mars. Autre point alarmant, à proximité, des arbres, affaiblis par la sécheresse et la hausse de la température de ces dernières années, infestés par l’insecte ravageur. «Mon rôle consiste aussi à anticiper afin de vendre des bois de qualité (- Fr. 30.-/m3 en cas de bostryche) et de limiter les frais en organisant une coupe d’un seul tenant revenant à env. Fr. 40.-/m3 au lieu de Fr. 100.-/m3 pour l’abattage d’arbres disséminés. La diminution du coût ainsi réalisée permet de reboiser, comme ici où le feuillu est privilégié, particulièrement le chêne et quelques douglas mieux adaptés à ce terrain forestier, profond, doux et humide. On peut voir les petits plants signalés par des bambous» complète-t-il. En juillet dernier, l’écorçage a été effectué manuellement, permettant de détruire les insectes et les cimes ont été brûlées lors du feu du 1er août. Un printemps frais et humide permettrait aux arbres sains de combattre ce colonisateur, par la sécrétion de résine collante empêchant son intrusion, mais à la longue le combat devient inégal.

En cas de découverte de renouée du Japon, berce du Caucase et Ambroisie à feuilles d’armoise, avertir Eric Sonnay au 079 623 09 07 ou eric.sonnay@vd.ch

Pour plus d’information consulter les fiches du site cantonal: 
www.vd.ch > environnement > biodiversité et paysage > espèces invasives.