Oron – Un pont d’envergure pour remédier au trafic transitoire

Urbanisme

Thomas Cramatte | Afin d’éviter le trafic toujours plus soutenu traversant le centre d’Oron-la-Ville, les autorités communales ont dévoilé un projet de grande envergure. Plusieurs solutions avaient été envisagées par le passé, mais c’est l’étude d’un pont qui a été retenue. Un viaduc reliant la localité d’Essertes à celle de Chesalles-sur-Oron pourrait ainsi voir le jour d’ici 2032. Si cette solution en est encore au stade des préliminaires, elle est vue d’un bon œil par la Confédération et le canton de Vaud, qui subventionneront l’ouvrage dans sa quasi-totalité.

Sorti des tiroirs

La Municipalité avait déjà envisagé plusieurs projets de contournement pour désengorger son centre. Depuis la fin du 20e siècle, le chef-lieu a connu un développement démographique important. « En 1995 déjà, les esquisses d’un pont à la hauteur de la société coopérative agricole (moulin) et l’arrivée de la route de Lausanne à Châtillens avaient été étudiées en séance de Municipalité », commente Philippe Modoux, syndic d’Oron. Ce premier ouvrage de contournement aurait ainsi permis d’éviter les files de voitures engendrées par le passage à niveau de Châtillens. Faute d’appui financier de la part du gouvernement, ce projet avait rapidement été abandonné. Six ans plus tard, un tunnel entre Châtillens et la sortie d’Oron-la-Ville en direction de Palézieux avait également été envisagé. Toujours en raison d’un manque d’appuis cantonal et fédéral, ce passage souterrain est passé aux oubliettes. La commune d’Essertes, au travers de l’Association région Oron avait, imaginé une solution pour dévier la circulation : « La proposition d’une route entre La Vernanche et le restaurant de la Croix Fédérale avait été étudiée. Cela aurait permis de transformer le centre en zone bordiers autorisés », commente le syndic d’Essertes, René Delessert. Depuis 2012, date de la création de la commune d’Oron, le projet d’un viaduc enjambant la Vallée séduit petit à petit les autorités. « Cette solution nous a toujours semblé être la plus réaliste », précise Philippe Modoux. La même année, les statistiques cantonales annonçaient un passage de plus de 10’000 véhicules quotidiens au centre d’Oron. Huit ans plus tard, cette problématique s’intensifie pour atteindre près de 14’000 véhicules/jour sur la route de Lausanne. « Il s’agit principalement d’un trafic de transit », précise une information du Département de la mobilité et des routes du canton du Vaud (DGMR).

Une fois la fusion signée, René Delessert et Philippe Modoux ont relancé le projet

Influence de l’Etat

Malgré l’acceptation du projet par les autorités communales, celui-ci ne peut être réalisé sans une aide importante du gouvernement. Suite aux nombreuses analyses des services fédéraux de l’aménagement du territoire et de la DGMR, l’augmentation du trafic de transit devrait passer à 22’000 véhicules par jour d’ici 2030. « Les restrictions sanitaires n’arrangent rien, car il suffit de questionner les citoyens installés aux abords des routes pour s’apercevoir que la circulation a augmenté depuis mars 2020 », nous apprend le syndic d’Essertes. S’il est encore un peu tôt pour établir de manière précise l’accentuation du trafic routier traversant le centre d’Oron depuis la première vague, les autorités communales et cantonales sont unanimes : « On envisage une croissance de 20 % d’ici la fin de l’année », ajoute Philippe Modoux. Cela représenterait environ 16’800 véhicules/jour. Du côté du Conseil d’Etat, il est primordial que le village d’Oron garde un caractère authentique. Et ce, sans se retrouver submergé sous les nuisances engendrées par le trafic routier. « Le Conseil d’Etat nous a demandé de présenter plusieurs projets. Le pont a remporté une large majorité lors de son vote en séance du Grand Conseil. Il s’agissait de la solution la plus viable pour retrouver le charme d’Oron ».

Fusion des communes

Seuls les accès ouest et est du pont posaient problème quant à l’aboutissement du projet. La récente fusion avec la localité d’Essertes a permis d’établir une des deux extrémités du pont. « Nous avons pu nous mettre d’accord et planifier ce projet », explique en souriant René Delessert. Les usagers de la route pourront ainsi s’engager sur l’édifice à la hauteur d’Essertes (voir plan), et traverser les 5.8 kilomètres du viaduc pour rejoindre Chesalles-sur-Oron.

Impact régional

A l’image du « Viaduc de Millau » franchissant la vallée du Tarn dans le département de L’Aveyron (France), ce projet d’envergure permettra aux citoyens d’y trouver leur compte. Car hormis la circulation déviée du centre d’Oron, l’édifice proposera de nombreux avantages. On note par exemple la construction d’un silo pour remplacer la tour vieillissante de la Société coopérative agricole de la région d’Oron (Moulin). La structure du pylône central permettra d’y appondre broyeurs et autres déchiqueteuses. Toujours concernant le monde agricole, les producteurs pourront louer des espaces de stockages aux extrémités du viaduc. Un mur de grimpe de trente mètres est également prévu sur deux faces du pylône central. Une paroi sera réservée aux écoliers de la région, tandis que sa cousine accueillera les passionnés de ce sport en pleine ascension. Actuellement, le pont de la Poya, situé à Fribourg, est le plus long pont à haubans ouvert à la circulation du pays. Le viaduc d’Oron dépassera de loin les records de l’ouvrage enjambant la Sarine, car hormis sa longueur de près de 6 kilomètres, sa hauteur de 133 mètres domine de 25 mètres son homologue fribourgeois. De quoi attirer les voyageurs, d’autant plus que ces derniers pourront découvrir le charme du chef-lieu sans être dérangés par le trafic routier .

Financements fédéraux

Les coûts pour la réalisation du viaduc d’Oron sont estimés à 210 millions de francs : « Grâce aux subventions du gouvernement, nous pouvons garantir la construction et la santé des finances communales », précise Philippe Modoux. Des aides qui se chiffrent à 185 millions, soit plus de 88 %. Un montant divisé de moitié par la Confédération et par le canton de Vaud, revenant ainsi à 22 millions pour la commune d’Oron. « Une somme moins importante que le crédit destiné au nouveau collège d’Oron ».

Le tracé prend en compte les contraintes de la LAT qui ne permet pas le déclassement des zones agricoles pour l’implantation des piliers. 
Un second tracé (ici en pointillé) est gardé en réserve en cas d’assouplissement de la loi