Oron-la-Ville – Le lâcher prise, à quel prix ?

La cafétéria du Centre sportif d’Oron-la-Ville a fait salle comble, vendredi 30 octobre. Un public attentif, à majorité féminine, a répondu à l’invitation de « Proche Ensemble Région Oron » qui, en cette Journée intercantonale des personnes proches aidantes, avait invité Rosette Poletti à s’exprimer sur ce thème.
Des liens entre les institutions régionales pour plus d’efficacité
En introduction, Anne-Cécile Uldry, municipale des affaires sociales et de la santé à Oron, adressa ses salutations à l’assemblée et présenta les partenaires faisant partie de « Proche Ensemble Région Oron » : La commune d’Oron, le CMS, aide et soins à domicile, Pro Senectute, la Fondation Pro-Xy, la fondation EMS du Jorat, la Fondation du Relais, la Résidence La Faverge ainsi que le Réseau Santé Région Lausanne. « L’idée de créer des liens entre les institutions régionales est née il y a quelques années puis la pandémie a cassé le processus. Aujourd’hui, nous sommes tous motivés à collaborer et nous mettre ensemble autour des proches aidants. A l’avenir, nous aimerions avoir une entité que les gens pourraient contacter en cas de problème. » En attendant la conférencière, quelque peu perdue dans la campagne, Alexandre Gasser, directeur adjoint de la Fondation du Relais, en intervertissant le déroulement de la soirée, invita Patricia Gremion proches aidante aux côtés de sa sœur handicapée et Sabine Cicurel Favrod qui suit le même chemin auprès de sa maman à venir témoigner de leurs parcours. Toutes deux ont évoqué un choix venu du cœur et non vécu comme une obligation, leur plaisir d’aider une personne aimée mais aussi la fatigue, l’épuisement, la culpabilité, la difficulté de lâcher prise de ne plus se sentir capable, accepter et oser demander de l’aide puis le soulagement.
Ne pas tout porter, écarter la culpabilité, avoir de la compassion pour soi-même
Avec sa sagesse née d’une longue expérience professionnelle, Rosette Poletti, arrivée entretemps, s’adressa avec empathie à l’assemblée. « Lâcher prise, des mots qui irritent car trop entendus, alors que ce n’est pas si simple dans la vie, surtout par rapport à un proche que nous aidons. Changer de chemin n’est pas un abandon, mais reconnaître que des choses échappent à notre contrôle. On ne peut pas tout porter. Prendre la décision de lever le pied face à l’épuisement, choisir où mettre son énergie ne sont ni résignation, ni abandon mais la redéfinition du possible et de l’acceptable. Ne pas se laisser envahir par la solitude face aux responsabilités mais apprendre à
déléguer. » Elle développa ensuite la notion de deuil blanc, le parcours à vivre lorsqu’on accompagne une personne absente psychologiquement, par exemple souffrant de la maladie d’Alzheimer. Les différents aspects de ce deuil : celui des rôles, accepter l’inversion, devenir le parent de son parent, la normalité, celui de la vie d’avant et la perte de la connivence, sans oublier les problèmes financiers, administratifs, les conflits d’enfance, au sein de la famille. Apprendre à ne pas se sentir égoïste si on prend du temps pour soi. Trouver ce qui dépend de soi, sa façon d’écouter, exprimer ses limites et ce qui dépasse son pouvoir, l’acceptation de l’impermanence. Ne pas regretter ce qui était avant mais investir dans le ici et maintenant. Se réjouir de petits bonheurs. La notion de culpabilité est souvent transportée par le proche aidant, mais on a des limites. Il est important pour trouver le repos, de partager les responsabilités. « On a tendance à nous faire croire que tout est possible. Mais l’expérience montre que nous ne pouvons pas toujours être à la hauteur de nos ambitions. La colère peut être présente en même temps que l’amour. La lassitude mérite d’être entendue, la tristesse a besoin de mots. On ne peut donner que ce qu’on a. Il est fondamental d’apprendre à rediriger la compassion envers soi-même. Ne pas se critiquer mais se remercier. Infiniment précieux pour la personne accompagnée et comme témoin vivant dans une société partie à la dérive vers l’individualisme et l’égoïsme, l’amour altruiste est un présent vivant à travers vous, les proches aidants, qui dansez sous la pluie plutôt que d’attendre l’orage », conclut-elle.
Chaleureusement applaudie, la conférencière répondit encore aux questions d’un public conquis, au sein duquel se dégageait une profonde émotion. Invités par les organisateurs, l’assemblée se dirigea ensuite vers la collation où l’attendaient des bonnes choses préparées par les représentants des différentes institutions et le vin offert par la commune d’Oron.


