Opinion – Votation du 27 septembre
Initiative 12% : Un vrai « pouvoir d’achat » supplémentaire ?

Jean-Claude Favre Député PVL et membre de la Commission des finances du Grand conseil vaudois | Pour une fois, je ne suis pas d’accord avec la majorité de mon parti, quand il prétend que le Canton peut se permettre une baisse d’impôt telle que proposée par l’initiative 12% et qu’il considère cette baisse comme juste et équitable.
Cette position ne résiste pas à l’analyse détaillée de la situation financière du Canton et de l’impact qu’aurait l’acceptation de cette initiative sur le bien-être de la population.
Tout d’abord, peut-on se permettre une telle baisse ?
Difficile de répondre à cette question sans vous inonder de montants, dont le nombre de zéros dépasse largement l’usage habituel de nos transactions financières quotidiennes.
Certes, le Canton dispose d’un bas de laine d’environ 3.8 milliards (postes 297 à 299 du bilan). Il faut cependant mettre ce montant en perspective avec ses 12.7 milliards de charges annuelles et mentionner également que cette réserve a déjà baissé d’un demi-milliard en l’espace de 2 ans.
Au cours des deux dernières années, le résultat d’exploitation du Canton a été fortement négatif (entre 700 et 800 millions de déficit, si on ne tient pas compte des recettes extraordinaires, telles que les parts de bénéfice de la BNS). Cela signifie que le Canton dépense déjà bien plus qu’il ne gagne.
L’initiative 12% implique une réduction supplémentaire des recettes de l’État de l’ordre de 272 millions.
272 millions en moins pour l’état, cela signifie environ 70 millions en moins pour l’enseignement et la formation, 50 millions en moins pour la santé publique, 40 millions en moins pour la sécurité et les transports, … Moins de recettes fiscales implique inévitablement moins de moyens pour financer les prestations publiques du Canton.
Ensuite, en quoi cette baisse serait juste et équitable ?
On entend trop souvent les initiants dire qu’ils souhaitent redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne. Mais combien faudrait-il redistribuer d’argent pour que ce « pouvoir » se concrétise réellement.
Tout d’abord, 23% de la population vaudoise ne dispose pas d’un revenu suffisant pour bénéficier d’une quelconque baisse d’impôt. Vient ensuite cette fameuse classe moyenne (49% de la population vaudoise) pour qui l’acceptation de cette initiative représenterait un gain de moins de CHF 1.- par jour, soit le « pouvoir » de se payer un petit café supplémentaire tous les 4 jours.
Au final, une grosse majorité des 272 millions redistribués reviendrait aux contribuables fortunés.
Ceux qui disposent déjà d’un pouvoir d’achat élevé et qui n’ont donc pas besoin qu’on leur augmente ce pouvoir. Bon nombre d’entre eux en sont d’ailleurs conscients et ne soutiennent pas cette initiative.
Le 27 septembre, faites comme eux et voter non à l’initiative 12%.


