Opinion – Election au système proportionnel ou majoritaire?
Elections communales et calcul politique

Louis Gilliéron, Belmont-sur-Lausanne | C’est le 4 septembre 2011 que le peuple vaudois a accepté le scrutin proportionnel dans les communes de plus de 3000 habitants. Seules 15 communes vaudoises étaient concernées par ce changement intervenu au 1er janvier 2016.
Avant, avec le scrutin majoritaire, on élisait Bolomey ou Tartenpion qui s’étaient inscrits sur une liste d’entente et on votait pour des personnes. Celles qui obtenaient la majorité absolue étaient élues. Le scrutin proportionnel rend obligatoire le dépôt des listes qui comprennent des noms et les électeurs/électrices votent en déposant une liste modifiée ou non dans l’urne.
Création de groupements indépendants
A la veille de la législature 2016-2021, quelques communes ont vu la création d’un groupement indépendant. C’est ainsi que les Cancoires indépendants (CIB) ont vu le jour à Belmont avec le but formulé de contribuer à la mise en œuvre d’une politique indépendante, responsable et constructive. Le groupement Grindor a offert, dans la commune d’Oron, une alternative crédible et adaptée aux enjeux communaux à toutes celles et ceux qui ne voient pas l’intérêt de faire partie d’un parti politique au niveau communal. Récemment, les citoyens de Savigny ont découvert une liste d’entente sous le nom de « Entente Savignolane ». Le but est, à Savigny aussi, de s’affranchir des directives des partis pour une approche plus locale et autonome. Enfin, à Bourg-en-Lavaux, BEL Action est le groupe politique indépendant de la commune. L’idée des initiateurs de ces groupements indépendants était d’être débarrassés des enjeux partisans et de maintenir un esprit d’ouverture qui avait prévalu dans le passé.
L’arrivée des partis traditionnels
Pour la législature 2016-2021, à Belmont par exemple, la liste unique des Cancoires indépendants (CIB) remporte l’ensemble des 60 sièges au Conseil communal et les 5 sièges de la Municipalité. L’arrivée des partis politiques s’est manifestée lors de la législature 2021-2026, un peu timidement, il est vrai. En prévision des élections de mars, la liste des candidats CIB reste dominante avec 56 candidats.es à côté de 3 formations politiques, respectivement alliances, qui présentent au total 21 candidats·es. Ainsi pour 60 sièges, l’électorat a un réel choix.
A Belmont, en octobre 2025, une section PLR (PLR B-s-L) est créée ; elle a pour but, selon ses statuts, de diffuser et promouvoir les valeurs libérales et radicales dans la commune. Cette section a renoncé sciemment à déposer des listes de candidats.
Que penser d’un calcul purement politique ?
Le PLR B-s-L n’étant pas (encore) une formation politique représentée au Conseil communal, ses membres peuvent utiliser la plateforme CIB et augmenter notoirement leurs chances d’être élus. Ainsi, le 3e membre du comité PLR B-s-L choisit la liste CIB et se déclare candidat à la Municipalité ! Cela soulève quelques questions :
au niveau des CIB : comment poursuivre la mise en œuvre d’une politique indépendante, comment exclure toute politique partisane ? la crédibilité de cette formation – qui se veut indépendante – n’est-elle pas altérée ?
au niveau du PLR B-s-L : comment diffuser et promouvoir les valeurs libérales et radicales dans la commune lorsqu’un membre de son comité figure, afin d’assurer son élection…, sur la liste d’une formation indépendante ?
Franchement, la transparence en prend un sérieux coup. Il appartient aux citoyennes et citoyens d’apprécier ce calcul politique et de choisir.


