Opinion
Accord de libre-échange avec le Mercosur : la population doit pouvoir trancher

Kilian Duggan, député, Lutry | 6.5 millions de bouteilles de vin à des prix défiant toute concurrence, 3000 tonnes de viande bovine dopée aux hormones de croissance, 1000 tonnes de volaille perfusée aux antibiotiques. Voilà une partie des concessions accordées par la Suisse aux pays du Mercosur dans le cadre du nouvel accord de libre-échange.
C’est d’abord un lourd tribut à payer pour notre viticulture. Elle traverse déjà une période particulièrement difficile, entre baisse de la consommation et concurrence des vins étrangers. A Lavaux, comme ailleurs dans le canton, nos vigneronnes et nos vignerons se battent pour maintenir leurs exploitations et vivre de leur travail. Leur demander de faire face, en plus, à une concurrence accrue de vins produits avec des coûts et des normes différentes n’est pas acceptable.
C’est aussi un lourd tribut à payer pour notre agriculture. En Suisse, nous imposons, à juste titre, des exigences élevées en matière de protection de l’environnement, de bien-être animal ou encore d’utilisation des médicaments vétérinaires. Ces règles ont un coût pour nos exploitations. Nous ne pouvons pas leur demander toujours davantage tout en ouvrant parallèlement notre marché à des produits qui ne sont pas soumis aux mêmes conditions de production.
C’est ensuite un lourd tribut à payer pour notre santé. Des méthodes de production interdites ou fortement encadrées chez nous, notamment le recours à certains stimulateurs de performance ou antibiotiques, peuvent être utilisées ailleurs. Or, au moment de faire ses achats, il sera quasiment impossible de mesurer réellement les différences de normes et de conditions de production entre un produit suisse et un produit importé.
C’est enfin un lourd tribut à payer par l’environnement. Une partie importante de la production agricole sud-américaine reste liée à la pression exercée sur les forêts et les écosystèmes. Faciliter les échanges sans garanties suffisamment fortes contre la déforestation pose donc un problème de cohérence avec les efforts que nous demandons à notre propre agriculture.
On peut être favorable au commerce international et considérer que cet accord va trop loin. Surtout, une décision de cette importance ne doit pas être prise sans que la population puisse se prononcer.
C’est pourquoi le référendum populaire a été lancé. Il doit aboutir.
De notre côté, au Grand Conseil vaudois, nous avons également décidé d’agir. Avec des collègues de plusieurs partis, nous avons lancé une démarche pour que le canton de Vaud demande un référendum des cantons. Si huit cantons en font de même, l’accord est obligatoirement soumis au vote populaire. Et cette démarche avance : nous sommes aujourd’hui en contact avec des élues et élus d’une quinzaine de cantons.
Dans les parlements cantonaux, nous faisons notre part. A chacune et chacun maintenant de faire la sienne : signez le référendum.


