Opinion
Détruire le service public pour 10 francs par mois?

Mehdy Henrioud, secrétaire Parti socialiste de Bourg-en-Lavaux et environs | Rappelons tout d’abord le rôle de la radiotélévision publique telle que définit par la Constitution : elle « contribue à la formation et au développement culturel, à la libre formation de l’opinion et au divertissement ». Pour le divertissement, on pourra aisément se rendre compte que cela dépend des goûts de chacune et chacun. Pour le reste, la RTS propose des débats qu’on pourrait difficilement retrouver sur des chaînes privées avec des plateaux remplis d’éditorialistes à la solde de la ou du richissime propriétaire de l’antenne.
Alors, que demande l’initiative « 200 francs, ça suffit ! » ? Eh bien comme son nom l’indique, réduire la redevance radio-télévision de 335 francs par an à 200 francs, en exonérant totalement les « personnes morales, sociétés de personnes et les entreprises individuelles ». Les initiant·e·s avancent trois arguments en faveur de leur initiative : permettre aux ménages de boucler leurs fins de mois, éviter une double imposition aux entreprises et soulager les jeunes qui « ne regardent pas la télévision ».
Cette initiative permettrait aux ménages d’économiser… 10 francs seulement par mois. Plus globalement, pour un ménage de quatre personnes, cette baisse ferait économiser deux francs cinquante par personne, même pas de quoi se payer un café par mois. Pour les entreprises, la redevance dépend de leur chiffre d’affaires et elles en sont exonérées avec un chiffre d’affaires inférieur à cinq cent mille francs annuels. La plupart des PME ne gagneront donc rien avec cette initiative.
Quid des jeunes ? La redevance ne sert pas seulement à financer la télévision et la radio mais sert également à la publication et la création de contenus sur les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, YouTube, etc.). Depuis une dizaine d’années, les jeunes n’ont en réalité par arrêté de regarder la RTS : elles et ils ont simplement changé leur façon de consommer mais n’ont jamais été autant au courant du monde qui les entoure et été au courant de l’actualité. D’après une étude de 2026, « 52 % des 15-34 ans regardent ou écoutent les chaînes TV et radio de la RTS au moins quinze minutes chaque semaine », semblable quoique légèrement inférieure aux 68 % de la population romande qui la regarde chaque semaine.
In fine, cette initiative a pour but à peine déguisé de détruire le service public, comme cela s’est fait dans les pays voisins, notamment en France, avec les conséquences que l’on connaît : qualité des programmes médiocres, course à l’audimat au détriment de l’idée de développement culturel et de formation de l’opinion que l’on connaît ici. Pays multiculturel, la Suisse a besoin de médias qui valorisent sa diversité, ce que seul le service public est en mesure de faire. Nous vous proposons de voter non à cette initiative destructrice et trompeuse.


