Montet (Glâne) – Un sourire lumineux qui fait de l’ombre au soleil

Texte et photos Sonia Biétry | Ce sourire éblouissant qui te fait fermer une seconde les paupières, c’est celui de Marie Bessaoud. Elle a ving-trois ans, habite Montet et malgré un parcours plutôt « différent », elle rayonne dans son métier. Elle travaille maintenant depuis bientôt cinq ans comme ASA (aide en soins et accompagnement) dans un foyer de la Ville de Bulle. Son parcours scolaire atypique (dyslexie) à l’école spécialisée de Moudon, ne l’a pas empêchée d’entrer dans une profession centrée sur la relation et le soin au quotidien, via une formation AFP de deux ans.
En classe, deux matières ont longtemps rythmé ses difficultés, l’orthographe et les mathématiques. Chaque dictée devenait un moment de tension, avec la peur de la note qui tombe. Face aux chiffres, ce n’était pas mieux, les exercices s’alignaient, la confiance s’effritait. Pour un cœur comme Marie, calculer ça n’a pas de sens : « Quand on aime, on ne compte pas » (rire).
Aujourd’hui, ses journées commencent dans la bonne humeur au foyer. Le matin, elle participe aux soins de base, aide au lever, toilette, habillage, petit-déjeuner. Elle observe l’humeur, l’état de la peau, la fatigue, puis transmet ses remarques à l’équipe soignante, qui ajuste les prises en charge de chaque résidents.
Marie crée, supervise ou accompagne lors des animations : ateliers bricolage, activités motrices, jeux des sens. En ce moment, c’est la grande préparation du Carnaval de Bulle. Lanternes multicolores et confettis géants vont égayer les locaux du foyer. Une décoration réalisée à plusieurs. Chacun met la main à la pâte, selon ses ressources, des refrains aux bouts des lèvres et via pas mal de fou-rire aussi.
Environ une fois par mois, un poney et un chien s’invitent au foyer pour rencontrer tout le monde et passer un moment fort en émotion. Le métier d’ASA est de favoriser la participation de chacun, encourager les gestes simples, soutenir les échanges. Entre éclats de rire, fond sonore 90’s (et plus !), ce n’est pas rare qu’elle entonne : « Là-haut, sur la montagne… ». Et voilà, c’est parti au quart de tour pour que plusieurs résidents se joignent à elle, le temps d’un refrain, d’un souvenir chaleureux. Elle a le don de faire vibrer les cœurs. L’essentiel se joue dans ces instants de partage, où chacun trouve une place, de l’attention.
Son rôle ne se limite pas au face-à-face avec les résidents. Elle participe aussi aux tâches administratives, aux observations écrites, au rangement du matériel. Elle travaille en étroite collaboration avec le personnel infirmer et bien sûr son infirmière-cheffe, Mme Guirand. Cette dernière a joué un rôle majeur dans la réussite de la formation de Marie et son bien-être dans l’équipe aujourd’hui. Mme Guirand dit apprécier la persévérance de Marie, son écoute, le haut potentiel de son intelligence émotionnelle et sa grande persévérance.

Pour des jeunes qui se reconnaissent dans son histoire, le parcours de Marie montre plusieurs pistes concrètes. On peut :
• chercher un adulte de référence, enseignant ou autre, pour mettre des mots sur ses difficultés et demander un soutien adapté.
• se tourner vers des formations courtes et pratiques, centrées sur l’apprentissage en situation réelle, comme l’AFP.
• valoriser ses qualités humaines : patience, empathie, sens du contact, bonne humeur, positivisme…
Dans ce métier, la perfection en orthographe n’est pas le critère premier. Les équipes attendent surtout de la fiabilité, du respect, de la discrétion, une attention constante à la dignité des personnes fragilisées. Marie est la preuve, que le regard porté sur les parcours atypiques évolue, les institutions forment et soutiennent davantage ces profils. Oui, il y a des formateurs qui forment avec cœur.
En fin de journée, après le travail au foyer, Marie retrouve ses propres ressources. La lecture occupe une place importante. Elle lui permet de se concentrer, de se recentrer. Elle passe aussi du temps avec son chien Lulu et ses trois chats. Elle aime se balader, s’assoir dehors avec un livre, reprendre de l’énergie dans son monde avant la prochaine journée de travail.
Ces pauses sont essentielles pour tenir dans ce métier, qui demande du contact régulier avec la souffrance, la fatigue, les limites des autres et les siennes. Elles aident à rester disponible, à garder de la patience. A seulement ving-trois ans, Marie sait déjà garder toujours du temps pour elle, pour ses proches, pour ce qui lui fait du bien.
Il y a des valeurs qui ne figure pas au CAC 40, cependant ma rencontre avec Marie, m’a démontré que l’or d’un cœur est une valeur refuge réelle. Son pouvoir de partage et de soutien à nos seniors en est la preuve lumineuse.
C’est dans ces moments intergénérationels, que le vivant émeut et flirt avec l’espoir, le respect : la joie, tout simplement !


