Mézières, Théâtre du Jorat – Plus d’une corde à leurs archets
Danish String Quartet

Par cette météo caniculaire, rien ne semble faire plus de bien que quelques airs venus du nord. C’est donc à point nommé que le Théâtre du Jorat accueille le Danish String Quartet pour un récital rafraîchissant. A voir sur la scène de la Grange Sublime le 11 juin, dès 20h.
Si l’on connaît les forêts de Scandinavie pour leur capacité à créer des meubles en kit, on ignore encore souvent tout le potentiel artistique qui s’y cache. Si ces dernières années, les romans, séries et films du nord de l’Europe ont tranquillement pénétré nos écrans et nos bibliothèques, nos connaissances de leurs talents musicaux se limitent encore trop aux quelques passages pop-kitsch de leurs artistes dans les concours de l’Eurovision.
Il semble pourtant que la région de la mer Baltique soit capable de bien d’autres choses.
C’est le cas du « Danish String Quartet » (ou « Danske Strygekvartet » en version originale), qui se produira sur la scène du Théâtre du Jorat en cette mi-juin et dont le nom paraît on ne peut plus limpide : il s’agit bel et bien d’un quatuor de cordes danois. Jusqu’ici rien d’affolant. Les non-classiciens se disent peut-être que ce n’est là qu’un nouveau concert recyclant les mêmes éternels compositeurs. C’est pourtant bien mal connaître Rune Tonsgaard Sørensen, Frederik Øland, Asbjørn Nørgaard et Fredrik Schøyen Sjölin. Car derrière cette avalanche de o barrés se cache une façon toute originale d’envisager la musique classique. D’abord en mettant à l’honneur des mélodies traditionnelles, telles que l’arrangement de mélodies scandinaves qu’ils présenteront lors de leur passage à Mézières. Ensuite, en mettant en avant des compositeurs contemporains moins connus du grand public, comme le guitariste Bryce Dessner dont la pièce « Le Bois » constituera cette fois-ci la première œuvre de leur concert. Et même quand le groupe s’attaque à des pontes de la musique classique, tels que Stravinsky, Bach ou, comme cette fois-ci, Ravel (le Quatuor à Cordes en Fa Majeur clôturera ce concert), c’est avec un souffle nouveau, en ne craignant pas de casser les codes d’un genre musical que l’on croit souvent trop figé.
Car s’il est un stéréotype dont souffre toujours la musique classique, c’est bien, au-delà d’un certain soupçon d’élitisme, d’être une musique figée, dont l’interprétation laisse une liberté restreinte et où le moindre écart de la partition originale fait bondir les puristes. Ce carcan-là, les quatre danois décident de s’en défaire avec une liberté qui n’a d’égale que leur virtuosité. Car réinterprétation n’est pas ici synonyme de détérioration, bien au contraire.
Ecouter un concert de musique classique assis dans un théâtre en 2026 peut paraître quasiment anachronique. Et si à une heure où les playlists Spotify, Deezer et Youtube défilent sur nos écrans pendant que l’on prépare un repas, où les concerts sont l’occasion de cris de fans en délire, de descentes de pintes à la chaîne et de pogos en folie, un concert comme celui-ci constituait une forme d’acte de résistance ? Dans une société où la musique devient presque un accessoire, est-il encore possible de jouir pleinement du récital proposé sans autre artifice que le talent de ceux qui le proposent en direct ?
L’art du Danish String Quartet semble un parfait mélange entre tradition et modernité. Classicisme des œuvres musicales contre réarrangements modernes et liberté d’interprétation. Ambiance feutrée d’une salle de spectacle où seuls résonnent les sons des cordes face au cassage de codes des musiciens. Au contraire du théâtre et de la danse, la musique n’est pas toujours classée parmi les arts vivants. Elle est pourtant une performance qui réclame tout autant d’observation, une représentation qui installe des êtres humains face à une audience dans des performances à chaque fois uniques, jamais à l’abri d’un couac, dans une communion avec le public que jamais les grésillements d’un vinyle ou le son éclairé d’une boombox ne sauront remplacer. Et si on osait pousser les portes de cette Sublime Grange pour profiter de quelques airs purs ?
samedi 6 juin à 20h
« La Révérence » de Emeric Cheseaux
est annulé et remplacé par un super
artiste primé à « Morges sous rire »
Plus d’infos : theatredujorat.ch



