Mézières-Théâtre du Jorat – Et chantons en chœur
L’Ensemble Vocal de Lausanne ce vendredi 11 septembre
Tradition désormais bien ancrée dans les habitudes du Théâtre du Jorat, le chant choral sera à nouveau au centre des débats ce 11 septembre avec la venue en terres jorassiennes de l’Ensemble Vocal de lausanne. Sous la direction de Pierre-Fabien Roubaty, il y proposera un récital où poésie et musique françaises viendront se rencontrer sous les plumes et les baguettes des plus grands.

Nous y sommes souvent revenus dans ces pages : l’art choral reste, aujourd’hui encore, particulièrement connoté. On le voit comme une sorte d’art qui irait du Vieux Chalet de l’abbé Bovet au Requiem de Mozart, soit extrêmement populaire, soit puissamment élitiste. Sans entre deux. Les uns le décrierons comme une pratique plus folklorique qu’artistique, quand les autres craindront de passer chaque mouvement à s’endormir un peu plus. Il n’y aurait donc dans tout le monde choral que deux extrêmes, dans lesquels ne seraient acceptés que des initiés. Un bien triste tableau. Et sûrement un tableau biaisé par une vision un peu trop simpliste de la réalité de cette pratique protéiforme.
Car si une chose semble venir contrarier ces stéréotypes établis de longue date, c’est bien la programmation que propose depuis plusieurs années le Théâtre du Jorat. De fait, il est régulier que la Grange Sublime fasse monter sur scène la fine fleur du chant en groupe. Il est vrai que les chorales font partie intégrante de l’histoire d’un lieu comme celui-ci, mais à l’heure qu’il est, où des besoins économiques font qu’une salle comme celle-ci se doit d’être remplie, programmer un spectacle qui n’attirerait pas autant de monde que les autres constituerait un risque non négligeable. Alors comment expliquer qu’une forme artistique qui semble se limiter à un public de niche soit à l’affiche d’un des théâtres aux plus grandes jauges de Suisse Romande ? Eh bien sans doute parce que tout ne se résume pas aussi simplement que la description sommaire et volontairement exagérée vue plus haut.
Quoique nous ne remettions pas leur talent en doute, l’art choral ne se réduit pas à Emile Jacques-Dalcroze et à Giuseppe Verdi. Nombreux sont les compositeurs qui ont proposé et qui continuent de proposer des œuvres à plusieurs voix. Les dernières saisons proposées par les équipes d’Ariane Moret nous l’ont démontré avec brio. C’est donc une nouvelle proposition audacieuse qui prendra place sur la grande scène ce vendredi 11 septembre à Mézières. Et pour cette nouvelle tentative, le Théâtre du Jorat a décidé de faire confiance à Pierre-Fabien Roubaty et à l’Ensemble Vocal de Lausanne.
Calme et voluptés, les deux derniers substantifs de l’invitation au voyage de Charles Baudelaire, seront les deux maîtres-mots de ce programme aux accents 100 % français, où ce même Baudelaire verra, tout comme Victor Hugo et Paul Bourget, ses poèmes mis en musique par non moins que cinq des plus grands compositeurs qu’ait connu le pays de Molière. Les esprits de Lili Boulanger, Claude Debussy, Camille Saint-Saëns, Gabriel Fauré et Henri Duparc flotteront ainsi l’espace d’une soirée dans les boiseries de la Grange Sublime.
Alors que l’on soit prévenus : le répertoire proposé n’est pas celui de la Compagnie Créole et le calme et la volupté que nous promet le chœur lausannois n’est pas sans quelques moments de doutes, de mélancolie et de déprime. A croire que la date du 11 septembre n’a pas été choisie au hasard. Mais de la même façon que les Grecs cherchaient, par les arts, à atteindre une forme de catharsis, c’est-à-dire à pouvoir, à travers les émotions d’une œuvre spectatorielle, sortir et exprimer toutes sortes d’émotions retenues. Comme la tragédie, la musique n’a pas pour ambition de créer de sentiments nouveaux, seulement celle de révéler les sentiments qui n’auraient pas encore trouvé leur juste expression.
C’est aussi et surtout cette expérience que l’on pourra vivre face à cette vingtaine de chanteurs et de chanteuses, tous et toutes professionnels. Car dans un monde où tout est loin d’aller toujours pour le mieux, il est parfois nécessaire de relâcher la pression et de pleurer un bon coup. Et s’il faut choisir entre se morfondre au fond de son lit ou partager un moment de franche mélancolie entouré d’autres humains qui laissent s’exprimer leur humanité, il est probable que la deuxième aura au moins l’avantage de ne pas ajouter la solitude à la mélancolie.


© Chloé Cohen
Oui, l’art choral, c’est se retrouver dans une salle communale à écouter un pot-pourri de Michel Fugain en achetant des billets de tombola. Oui, l’art choral c’est aussi vivre la passion d’un Requiem. Oui, l’art choral, c’est aussi découvrir de nouvelles choses, y compris là où on ne l’y attendait pas. Mais c’est surtout et avant tout avoir devant soi la représentation concrète que des êtres humains chantant des voix différentes peuvent résonner en harmonie. Et qu’il est peut-être pertinent d’oser franchir la porte d’un théâtre, d’une salle communale ou d’une aula de concert pour aller vivre un moment partagé.



