Lutry – « J’espère que l’âme de la commune va perdurer »

Texte et photo Jean-Louis Emmenegger | Après 32 années de mandat politique dans la commune, d’abord au Conseil communal puis 28 ans comme municipal, Pierre-Alexandre Schlaeppi tourne la page. Interview et bilan.
Quand êtes-vous entré en politique ici à Lutry ?
Je suis entré au Conseil communal le 1er janvier 1994, puis à la Municipalité le 1er janvier 1998. J’ai donc fait 6 législatures en tant que municipal.
Avez-vous toujours eu le dicastère Aménagement du territoire et bâtiments ?
Oui, mais il y a eu quelques changements. Ainsi, de 2001 à 2011, j’ai eu le Service du feu et la Protection civile. Les « bâtiments » sont bien sûr ceux de la commune. L’aménagement du territoire, avec l’application de la LAT, a représenté un très gros travail. De plus, j’ai présidé le conseil d’administration de la société d’exploitation du Rivage SA (Hôtel et Restaurant) pendant 20 ans.
Quelles sont vos réalisations principales ?
En fait, on « participe » à des réalisations. En ce qui me concerne, je mentionnerais : le collège de La Croix, le réseau d’accueil de jour pour les enfants (5 lieux aujourd’hui, avec des UAPE), la rénovation énergétique du collège des Pâles, le bâtiment de la Balance à Savuit, l’agrandissement du pavillon sud du collège du Grand-Pont et le projet du futur collège de La Combe (actuellement mis à l’enquête).
Et les plans de quartier ?
Effectivement, il y a eu celui de la gare, celui du Burquenet (avec référendum ; le Tribunal fédéral ayant rejeté les recours, le plan de quartier est devenu exécutoire) et celui des Brûlées. En plus, en 2005, il a fallu procéder à la révision complète du Règlement communal de la police des constructions et préparer le Plan d’affectation communal (PACOM I).
Durant vos 28 années à l’exécutif, quel est le dossier sur lequel vous avez le plus regretté un refus ?
C’est le projet, en 2016, du parking des jardins du château, prévu en souterrain et avec le maintien des jardins familiaux en surface. A la suite d’un référendum, il a échoué en votation populaire. Or, aujourd’hui, Lutry a un manque de places de parc, malgré les parkings existants.
Certains citoyens et élus estiment que Lutry a sacrifié ses zones artisanales au profit de logements plus rentables, contraignant des artisans à s’installer hors de la commune. Partagez-vous ce constat ?
Non. Même s’il est vrai qu’il y a peu de zones artisanales sur la commune, à l’exception de celles de La Conversion et de la Corniche (commerces en bas, logements au-dessus), elles existent encore, et il n’y a eu aucune suppression. Dans le bourg, nous privilégions les commerçants qui proposent des activités à la population. Mais les types de commerces ont évolué : ainsi, avant la nouvelle pharmacie indépendante qui vient d’ouvrir, on a eu un menuisier puis une encadreuse. C’est une évolution normale.
Que pensez-vous de la densification du territoire ?
Il faut rappeler qu’une commune doit appliquer la LAT (Loi fédérale sur l’aménagement du territoire, acceptée par le peuple suisse) et le Plan directeur du canton qui en découle. La LAT ne tient pas compte des contraintes locales. Les communes ont perdu une partie de leur autonomie et de leurs compétences. Lutry doit dézoner à certains endroits (à l’est) et davantage densifier (à l’ouest). Elle doit augmenter l’utilisation rationnelle du sol, d’où, souvent, la construction d’un petit immeuble à la place d’une ancienne villa.
Quel a été votre principe de base ?
Pour moi, l’intérêt commun et public doit primer sur les considérations politiques ou des partis. Quand on gère une commune, la politique dogmatique ne doit pas compter. Tel a été mon principe pendant toutes les années de mon mandat.
Comment souhaitez-vous que Lutry évolue à l’avenir ?
J’aimerais que l’âme de notre commune reste, avec ses traditions viticoles, ses sociétés locales, le bénévolat, ses manifestations culturelles, ses concerts, etc. Les autorités doivent soutenir ces activités. Malgré son développement, j’espère que Lutry gardera son esprit de village, à la fois viticole et un peu urbain.
Avez-vous des regrets ?
J’ai constaté que le sentiment d’appartenance à une collectivité a faibli. Il a tendance à s’éroder au profit de l’intérêt privé. Et c’est bien dommage.
Une conclusion ?
L’entente avec mes collègues municipaux a toujours été impeccable. Nous avons une très bonne collégialité, il n’y a jamais de conflit. Et je tiens aussi à dire que nous avons la chance d’avoir une administration communale très compétente ici à Lutry.
Merci Pierre-Alexandre Schlaeppi, nous vous souhaitons tout le meilleur pour ces prochaines années.



