L’égalité des genres dans le sport est-elle possible ?

Parité homme-femme

Pays à la traîne

Les femmes sont toujours plus nombreuses à pratiquer un sport

Thomas Cramatte | Avec son économie florissante et sa neutralité, la Suisse fait figure de petit paradis situé au centre de l’Europe. Un pays de choix pour les multinationales et les organismes œuvrant pour les droits humains. Derrière cette image exemplaire, la Confédération est pourtant en retard par rapport à ses voisins en ce qui concerne l’égalité des genres. Pour rappel, le droit de vote a été autorisé aux femmes uniquement à partir de 1971, la faute revenant à la démocratie semi-directe qui freine les négociations. Dans le monde du sport, où vitesse et performances sont requises, le tableau n’est pas meilleur : il faudra attendre 1975 avant de voir Odette Vetter courir Morat-Fribourg, en toute illégalité. Après l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo en octobre 2017, l’égalité des genres se fraie un chemin dans les mentalités helvétiques. « De manière générale, les hommes sont jugés pour leurs performances sportives. Du côté des femmes, nous sommes toujours jugées pour notre physique. Prenons l’exemple d’une médaille olympique remportée par une femme, elle représente tout juste 50% de celle d’un homme », explique Anne-Flore Marxer, championne du monde de snowboard freeride et engagée pour le droit des femmes dans sa discipline. 

Le sport, un métier d’homme

Proportionnellement, les hommes sont majoritaires dans les disciplines sportives. Une différence qui s’explique par des sports plus accessibles pour la gente masculine et un milieu considéré comme réservé aux hommes. Pour exemple, les moniteurs actifs au sein de Jeunesse et Sport Valais représentent 63% (3145), alors que l’on dénombre 1825 monitrices, soit 37%. Dans le canton de Vaud, elles sont seulement trois à la tête d’associations sportives cantonales sur les 38 associations que compte cette région. En 2017, le SEPS (Service de l’éducation physique et du sport) avait réalisé une enquête afin d’établir le nombre de femmes au sein des 1150 clubs inscrits sur le territoire vaudois. 34% des membres des comités de ces clubs étaient des femmes et seulement 24% d’entre eux étaient présidés par la gente féminine. Certaines croyances traditionnelles et constructions sociales desservent également la problématique de l’égalité des sexes. Selon l’OFS (Office fédéral de la statistique), environ 20% des entraîneurs sportifs professionnels sont des femmes. Ces dernières se retrouvent souvent dans les sports pratiqués par un pourcentage plus élevé de femmes et entraînent des personnes de sexe féminin ainsi que des enfants ou adolescents. Une tendance que certains acteurs de la branche tentent d’inverser. « Un tiers vaut mieux que deux tu l’auras, notre programme de formation ne fait aucune différence entre les genres. Car pour nous, seules les compétences et la motivation comptent », annonce Grégoire Jirillo, chef de l’Office du sport pour le canton du Valais. 

Récompenses variables

Les inégalités entre hommes et femmes sont plus visibles hors compétition.

Si ce contraste entre les genres a toujours existé, il n’est pas simple à quantifier. 

C’est souvent lors de la remise des prix qu’il est le plus visible.

« Lors d’une compétition, j’avais gagné un t-shirt en montant sur la première marche du podium, alors que le vainqueur avait remporté un voyage à Hawaï », se remémore la snowboardeuse franco-suisse Anne-Flore Marxer. Pour elle comme pour de nombreuses athlètes, ces chèques qu’on appelle « Prize Money » ont toujours été plus élevés lorsqu’il s’agit de récompenser les hommes. Si cela pouvait se justifier dans les débuts, ce n’est plus le cas actuellement. « Je ne trouvais pas cela choquant dans un premier temps, car le niveau des garçons était vraiment élevé et ils avaient une meilleure audience. Mais aujourd’hui, le ski freestyle s’est professionnalisé et le niveau des filles est tout aussi agréable à regarder. Pour moi, la différence financière ne se justifie plus et je ne suis plus vraiment en accord avec cette réalité », s’insurge Camillia Berra, jeune athlète ayant participé aux Jeux olympiques de Pyongyang en 2018. Les montants alloués aux vainqueurs varient selon les pratiques. « En course à pied, les « Prize Money » sont égaux entre homme et femme depuis longtemps. Mais cela n’est que la pointe de l’iceberg car, souvent, les grosses pointures masculines sont payées en plus des primes de victoire pour venir sur un événement », témoigne l’athlète professionnelle de Trail en montagne, Maude Mathys. Heureusement, de nombreux partenaires financiers ont revu leur copie et ne font plus de distinction entre les genres. Une marque telle que Swatch, par exemple, sponsorise avant tout des athlètes ayant une personnalité et une image en accord avec leurs produits. « On s’intéresse plus aux compétences sportives des athlètes, hommes et femmes confondus. Lorsque nous recherchons un nouvel ambassadeur, nous cherchons avant tout une personnalité. En tant que marque lifestyle et démocratique, nous attachons une importance particulière à trouver des personnalités intéressantes ayant des histoires à raconter », informe la marque helvétique. Pour aller encore plus loin dans la question d’égalité des genres dans le sport, les autorités vaudoises ont entamé des réflexions afin
d’apporter des mesures concrètes. 

Dirigé par l’argent

« L’égalité dans ce domaine, comme vis-à-vis du sport handicap ou de celui des juniors, est une hypocrisie. Car le sport professionnel est un important secteur économique fonctionnant comme toute entreprise. C’est le principe de l’offre et de la demande qui s’impose », admet Frédéric Favre, conseiller d’Etat valaisan en charge du Département de la sécurité, des institutions et du sport. Un principe qui dépasse les frontières des genres, il suffit d’observer les tournois de tennis professionnels pour s’en rendre compte. Un Paris-Bercy homme possède d’importants « Prize Money », tandis que, sur ce même tournoi, les récompenses en double homme sont bien plus modestes en raison d’une couverture médiatique inférieure. Par conséquent, un autre aspect dérange le conseiller d’Etat: le manque de respect des performances sportives. « Les heures de diffusion varient énormément en fonction des sexes. Il n’est pas normal qu’une compétition homme soit facilement projetée à 20 heures alors que la catégorie femme est programmée au lendemain matin, là où il n’y a presque pas d’audience ». Pour l’heure, tant que le sport féminin ne rapportera pas autant d’argent que celui de l’homme, une égalité des sexes restera difficile dans le secteur sportif. Cependant, si le chemin est encore long pour la parité des genres, une lente amélioration est en marche. Notamment grâce aux sports générant moins d’argent et aux athlètes engagées mettant en lumière les discriminations dont sont victimes les femmes. 

De manière générale, les sports ayant moins d’argent en jeu prennent plus en considération les droits de la femme