Le Cercle de l’Ermitage

Jean-Gabriel Linder | L’architecte J.-C. Dunant a présenté au public et à l’Association du Vieux Lavaux sa restauration du Cercle de l’Ermitage créé par Alberto Sartoris, en 1935.
1987. Jean-Christophe Dunant découvre des axonométries de l’architecte Alberto Sartoris (1901-1998), montrant le Cercle de l’Ermitage à Epesses. Où donc est ce «Cercle»? se demande l’étudiant J.-C. Dunant, enfant d’Epesses; il cherche et en fait le sujet de son mémoire en histoire de l’architecture. Il s’agit du Vieux-Moulin, un restaurant dont le bar et la piste de danse sont alors encore bien connus, loin alentour, sous l’acronyme populaire «VM». Mais pourquoi le «cercle»?
Rencontrant A. Sartoris, J.-C. Dunant apprend que le Cercle de l’Ermitage avait été créé sur le modèle d’un club privé anglais – mais en y incluant les femmes! – pour accueillir des artistes et s’ouvrir à l’intelligentsia européenne, dans un ancien moulin (probablement du 18e ou 19e siècle); à l’intérieur même du bâtiment, la grande roue, actionnée par les eaux du Rio d’Enfer, broyait des os, pour en faire de l’engrais viticole. Chargé d’aménager le bâtiment, A. Sartoris ne toucha ni à son enveloppe, ni à sa typologie intérieure: ainsi, l’oculus de la piste de danse retrouva l’emplacement du pilon. Par contre, tout l’aménagement était résolument moderne. En 1935, à la fin des travaux, la publication internationale Architectural Review présenta ce «manifeste de l’architecture moderne». Malheureusement, des difficultés administratives cantonales mirent rapidement fin au cercle privé, pour laisser place à un établissement public; au fil des années, ses gérants successifs dégradèrent la réalisation initiale de Sartoris, avec de fausses poutres, du crépi à gros grain, du fer forgé… du pseudo-rustique. C’est donc un Alberto Sartoris écœuré que rencontre J.-C. Dunant à la fin des années 1980; revigoré néanmoins par le jeune Dunant, Sartoris lui déclare alors: «Ce Cercle de l’Ermitage, il faut qu’on le recrée: c’est vous qui vous occuperez du chantier.» Après moult rebondissements dont des faillites d’exploitation du VM, la «prophétie» de Sartoris s’est enfin concrétisée, grâce à la ténacité de J.-C. Dunant durablement passionné par l’œuvre du vieux maître. Avec l’entière confiance et la patience du nouveau propriétaire dorénavant habitant des lieux, J.-C. Dunant a redécouvert sous les ajouts successifs suffisamment d’éléments originaux, pour restaurer intégralement la création de Sartoris, dans le respect de l’espace original; la transformation du restaurant en habitation s’est faite uniquement dans les annexes construites postérieurement au Cercle de l’Ermitage. Avec l’appui des Archives de la construction moderne et du Laboratoire des techniques et de la sauvegarde de l’architecture moderne de l’EPFL, ainsi que des recherches stratigraphiques et les archives du fonds Sartoris, les informations sur les matériaux disparus ont pu être complétées. C’est ce qu’ont pu constater sur place le public en général, le week-end dernier, et les membres de l’Association du Vieux Lavaux lors d’une visite privée samedi 6 juin, avec une présentation de J.-C. Dunant, pour leur plus grand intérêt, dans le cadre de l’exposition et de la vente des sérigraphies d’A. Sartoris par l’Association romande des Archives de la construction moderne, en vue d’une future publication d’une monographie sur l’œuvre d’A. Sartoris, par Antoine Baudin.