Lavaux – La vigne pleure la tradition de la Saint-Grégoire

Alexandre Duboux montrant la manière dont la vigne doit être taillée

Thomas Cramatte | Qui n’a jamais entendu parler des dictons de la mi-mars : « A la Saint-Grégoire, taille ta vigne si tu veux boire ; pluie du jour de Saint-Grégoire, autant de vin de plus à boire, etc. »Si l’on retrouve beaucoup de formules dédiées au monde de la vigne ce jour-là, c’est que la date du 12 mars est synonyme d’ultime délai pour finir le travail de la taille. Car une fois passé ce sursis, la nouvelle lune fait son effet et l’approche du printemps aura une action décisive sur la vigne. Les producteurs en Lavaux comme dans d’autres vignobles savent suivre les tendances de dame nature. A l’écoute des saisons et des ceps, la taille se pratique pendant la période hivernale. « La sève de la vigne est alors au plus bas, et nous ne brusquons pas la plante en coupant les sarments », explique le vigneron – encaveur Alexandre Duboux. Les sarments, ces branches rangées en tas le long des rangées du vignoble, sont alors regroupées dans un seul et même endroit. Avec pour objectif : fêter la Saint-Grégoire. Une tradition qui consiste, ou plutôt consistait, à brûler les sarments pour y faire cuire de la viande. « J’ai un souvenir d’enfance, où les vignerons du coin se regroupaient autour du feu et partageaient saucissons et verres de vin », se remémore l’héritier du domaine Duboux. Malgré la convivialité de l’événement, celui-ci tend à disparaître. Car si cette fête est emplie de mystères quant à ses origines, elle n’aurait pas été pratiquée ailleurs qu’en Lavaux. Deux vignerons installés sur La Côte ont par ailleurs confirmé ne jamais avoir entendu parler de cette manifestation. Un autre, possédant un domaine aux abords du lac de Neuchâtel a également expliqué que le 12 mars ne représentait pas de date buttoir. Même au sein du vignoble en terrasse, la plupart des producteurs n’ont pas conscience de la Saint-Grégoire. S’il est important de regarder en arrière et de localiser les débuts d’une telle tradition, il y a une chose qui est certaine aujourd’hui: la Saint-Grégoire se fête uniquement dans les environs de la commune de Bourg-en-Lavaux. « Ce sont les membres du Caveau des Vignerons d’Epesses qui ont créé cette attraction », nous informe Alexandre Duboux. 

Les chaleurs plus douces et l’arrivée du printemps provoquent une montée de sève pour les végétaux.
On dit ainsi que la vigne pleure lorsque des gouttes remontent vers les branches taillées

Sève qui coule, arbre qui pousse 

« La taille de la vigne est essentielle pour obtenir un raisin chargé en sucre », souligne le producteur d’Epesses. Rythmée par les cycles lunaires, la sève remonte actuellement à l’intérieur de la plante pour se répandre à l’air libre, d’où l’expression « la vigne pleure ». En observant attentivement la plante, à l’endroit où les vignerons ont coupé cette dernière, on peut alors voir les gouttes de sève émerger et même parfois ruisseler le long des branches. Si la Saint-Grégoire n’est pas une fête pratiquée à l’extérieur de la commune de Bourg-en-Lavaux, l’arrivée des beaux jours et le printemps annoncent qu’il est temps de profiter du patrimoine et du savoir-faire local.