Lausanne – Sous le chapiteau, la mécanique Knie
Le Cirque Knie a donné jeudi 24 septembre sa première représentation lausannoise. Entre magie, chevaux, acrobaties et record du monde avec dix motos lancées dans un globe, retour sur cette machine à show, carnet en main.

Au début du spectacle, nous sommes plongés dans une ambiance Guillaume Tell avec des flèches, des arbalètes et autres objets bien affûtés. On enchaîne avec de la magie et, sincèrement, je me demande encore où est passée cette dame pendant qu’on lui enfonçait des barres enflammées dans sa boîte, cette dernière paraissant bien trop petite pour permettre à qui que ce soit de s’y cacher. Mais la dame ressort entière. On est instantanément immergé dans le monde du cirque, à grand renfort de musique dynamique et d’un sound system ultra-précis.
Entre en scène ensuite un clown en mode Rocky. Le Stallone de Knie invite un spectateur à le rejoindre pour un combat virtuel. Coups dans le vide, bruitages à la bouche et bataille d’applaudissements du public : c’est finalement l’invité qui l’emporte. Un public réceptif qui, contrairement à certains autres événements, admire le spectacle plutôt que de vouloir le filmer à tout prix. Il faut dire que la sécurité veille au grain. Gare à celui qui se lève pour dégainer son smartphone et filmer depuis les corridors. Le passage doit rester libre : artistes et membres de la famille Knie empruntent justement ces mêmes couloirs pour rejoindre le centre du chapiteau.
Tournis musical
Tableau suivant. Violon rock, chant et trapéziste qui tourne dans les airs. Ça monte, ça descend, ça virevolte. Et à la vitesse où elle tourne, mieux vaut espérer que la trapéziste n’ait pas encore mangé.
Tiens, voilà Rocky qui revient, juste derrière moi cette fois. Costume champêtre et bonnet rouge façon Cousteau. Il me lance un regard, pourvu qu’il ne me demande pas de le suivre au centre du chapiteau. Mais je suis sauvé, il a retrouvé son ami, le spectateur boxeur du début. Les deux hommes partagent cette fois un verre, virtuel lui aussi.
Place ensuite au tableau équestre. Les chevaux restent indissociables de l’histoire de la famille Knie, qui perpétue cette tradition de génération en génération. Ivan Frédéric Knie, représentant de la huitième génération et responsable des écuries, entre à son tour en piste. Ça galope et, vu l’espace disponible, mieux vaut ne pas se louper. Ici, tout est une question de millimètres.
Ivan Frédéric Knie nous fait même la démonstration d’un cheval soi-disant désobéissant. L’animal se roule au sol pendant que ses collègues d’écurie trottent élégamment aux ordres du cavalier. Il finit par rejoindre les autres avec une élégance et une souplesse à faire pâlir certains danseurs. On comprend vite que derrière l’apparente improvisation, tout est méticuleusement travaillé.
La marge d’erreur
Reste que lorsque tout se joue au millimètre, l’erreur se voit. Début août à Berne, huit motards se trouvaient dans le « Globe of Speed » lorsque l’un d’eux est sorti de sa trajectoire en voulant s’arrêter. La collision avait envoyé les motos les unes sur les autres au fond de la sphère. Plus de peur que de mal, aucun pilote n’ayant été sérieusement blessé, même si l’un d’eux avait dû recevoir des soins pour des blessures légères. Heureusement, aucun accrochage pour cette première lausannoise, et pour quelqu’un qui d’ordinaire n’est pas familier avec le monde du cirque, le spectacle a été fort apprécié.
Une petite ville sur les routes
Derrière les paillettes, Knie est aussi une sacrée machine logistique. Près de 200 personnes accompagnent la tournée 2026, dont 80 artistes issus de 17 pays. De mars à début janvier, cette petite ville itinérante doit s’installer successivement dans 25 villes suisses pour assurer les 305 représentations prévues. A chaque étape, une petite centaine d’ouvriers et de techniciens s’affairent au montage. Sous le chapiteau, quelque 200 projecteurs accompagnent désormais le spectacle.
Entreprise détenue à 100% par la famille Knie, le cirque reste discret sur ses finances et ne communique ni son chiffre d’affaires ni son bénéfice. Difficile donc de chiffrer précisément ce qu’il en coûte pour faire vivre et déplacer une telle infrastructure à travers le pays.


