La réaffectation des cabanons Tahiti ne passe pas à Lutry
Conseil communal du 23 mars

Le projet de transformation de deux cabanons situés au quai Vaudère en point de vente de poisson n’a pas convaincu le Conseil communal. Jugé trop coûteux et insuffisamment abouti, le crédit de 330’000 francs a été refusé lundi soir, malgré la volonté de la Municipalité de redonner vie à ce site emblématique du bord du lac.
Avant le vote final, un amendement a été déposé par la commission chargée d’examiner le dossier. Une majorité de ses membres propose d’augmenter le crédit de 40’000 francs, portant le montant total à 370’000 francs. L’objectif de cette modification est notamment de renforcer l’ombrage, la sécurité vis-à-vis des véhicules et de réduire la présence du béton.
Certains élus ont plaidé pour avancer par étapes. Fabrice Rod, conseiller PLR, a estimé qu’ « il est souvent plus efficace de progresser par étapes », plutôt que d’attendre le réaménagement complet des berges du lac, appelé à être lancé prochainement. Le municipal Pierre-Alexandre Schlaeppi a lui aussi défendu une logique d’opportunité : « Ces cabanons existent et il s’agit d’un endroit emblématique à Lutry ». Selon lui, la commune a trouvé la solution pour restituer ces cabanons à un pêcheur, puisque la vocation d’origine de ces bâtiments était liée à la pêche professionnelle.
En plénum, les critiques ont dominé face à l’amendement. Le conseiller PLR, Vincent Arlettaz, a mis en doute sa solidité, en relevant que le montant supplémentaire proposé ne reposait sur aucun devis précis. Sur le fond, plusieurs élus ont jugé le projet prématuré. « Je pense qu’il faut aller jusqu’au bout de l’idée », a lancé le conseiller PLR, François Bonjour, regrettant un patrimoine « dénaturé par le parking voisin ». Patrick Aeby (PLR) a, lui, invoqué sa « prudence financière ». Guy Wolfensberger (Indépendants & Vert’libéraux) a dénoncé le manque de vision à long terme, en rappelant d’autres aménagements récemment réalisés puis démontés ailleurs dans la commune. En votation, l’amendement a été rejeté par 35 voix contre, 24 pour et 8 abstentions.
Une poissonnerie plutôt qu’un pêcheur
Dans les discussions du préavis, d’autres interventions ont ciblé la pertinence même de l’exploitation prévue. Le conseiller Indépendants & Vert’libéraux Guy Minder s’est interrogé sur la logistique liée au débarquement du poisson et à l’usage de la grue. Du côté des Verts et Indépendant, Kilian Duggan a tenu à préciser et a insisté sur la fonction même des cabanons : « Avec ce projet, nous n’accueillons pas un pêcheur, mais bien une poissonnerie », estimant qu’un tel usage mériterait d’être davantage questionné à cet endroit. Point de vue similaire pour Jean-
François Chapuisat (Indépendants & Vert’libéraux) : « 330’000 francs d’investissement d’argent public, pour un loyer minimum de 15’000 francs par an (…) dans un endroit où il fait 35 à 37 degrés en été ». Au vote final, le préavis est refusé par 42 voix contre 14, avec 12 abstentions.
Un refuge à louer pour bientôt
Le Conseil communal a accepté le préavis 1342 portant sur la réadaptation du refuge au Bois de la Ville, au terme d’un débat marqué par des interrogations sur l’usage et le financement du projet. Scénario similaire que le préavis précédant, un amendement de la commission visant à ajouter 10’000 francs pour des mesures de contrôle a été refusé de justesse, par 32 voix contre 29 et 7 abstentions.
Sur le fond, plusieurs élus ont soulevé des questions de principe, notamment sur la possible privatisation d’un espace forestier, l’accès en véhicule à moteur, ainsi que sur la rentabilité du projet et ses modalités d’amortissement. Malgré ces réserves, le projet a été accepté par 41 voix contre 13 et 13 abstentions. Mise en service du refuge à l’automne 2026.
Crédit supplémentaire et postulats
En fin de séance, le Conseil communal a encore traité plusieurs objets. Le préavis 1343 relatif aux crédits supplémentaires a été accepté à l’unanimité moins deux abstentions. Il porte sur un montant total de 648’000 francs pour le deuxième semestre 2025.
Trois postulats ont également été déposés. Celui du conseiller Pierre Bonjour demande l’étude d’une passerelle piétonne entre le futur collège de la Combe et le parking de la Possession. L’objectif est d’améliorer l’intégration du site dans le bourg de Lutry et de renforcer la perméabilité piétonne dans un secteur jugé enclavé, tout en limitant le trafic motorisé aux abords de l’école. Le texte évoque aussi une solution techniquement réalisable et potentiellement moins coûteuse que certaines infrastructures souterraines.
Un autre postulat, porté cette fois par Jeremy La Scalla, propose de doter Lutry d’une vision d’ensemble en matière de biodiversité, de climat et d’énergie, notamment via la création d’une commission consultative dédiée. « Il ne s’agit pas de jeter le travail déjà fait, mais de valoriser les actions en place », a précisé le postulant. Plusieurs élus ont toutefois questionné la pertinence de la démarche. Du côté de la Municipalité, cette dernière a rappelé que des réponses étaient déjà en cours et a recommandé de refuser le texte pour éviter de faire « doublon ». Le postulat a finalement été accepté de justesse, par 34 voix contre 31 et 3 abstentions .


