Poubelle

Georges Pop  |  Le jour de la prestation de serment de Donald Trump, à Washington, a été passablement agité. Des centaines de manifestants indisposés par la trempe hargneuse du nouveau tenancier de la Maison-Blanche se sont répandus dans les rues, pulvérisant des vitrines, bousillant des voitures et incendiant des poubelles. La scène aurait sans doute chagriné l’illustre Eugène Poubelle, lui qui, à son corps défendant, a donné son nom pour la postérité à tous les disgracieux récipients destinés à recevoir nos déchets. Eugène, élégant juriste affublé d’une longue barbe, fut porté en 1883 à la dignité de préfet de la Seine et chargé à ce titre d’administrer la ville de Paris. Incommodé par les saletés qui souillaient les rues de la capitale, il obligea par décret les propriétaires d’immeubles à mettre à la disposition de leurs locataires de volumineux récipients munis d’un couvercle affectés au stockage des détritus ménagers. Le brave Poubelle alla même jusqu’à inventer le tri des immondices en exigeant trois conteneurs distincts : l’un pour les matières pourrissable ; le deuxième pour le papier et les chiffons et le troisième pour le verre et… les coquilles d’huîtres. Le nom d’Eugène fut rapidement associé, par moquerie, aux boîtes à balayures dont il avait introduit l’usage. Le mot poubelle fit ainsi son apparition dès 1890 dans le dictionnaire de la langue française. On ignore comment l’intéressé goûta cet insigne honneur. Nous dirons encore qu’Eugène Poubelle fut l’initiateur à Paris du tout-à-l’égout et qu’il finit sa carrière, sous le signe de la pureté, comme ambassadeur au Vatican. Quant à Donald Trump, il a désormais quatre ans pour faire mentir tous ceux qui voudraient que son nom devienne synonyme d’ordure et finisse par se perdre dans… les poubelles de l’Histoire !