Sécession

Georges Pop  |  Les indépendantistes catalans sont parfois qualifiés de sécessionnistes. A juste titre! Le terme sécession n’a a priori rien de péjoratif: il désigne l’action ou la volonté de se retirer ou de se séparer d’une cité, d’un parti politique ou, en l’occurrence, d’un Etat. Le mot se réfère à trois épisodes de l’histoire romaine, les secessio plebis, autrement dit les sécessions de la plèbe. A trois reprises en 494, 449 et 287 av. J.-C., le peuple de Rome, la plèbe, se révolta contre l’ordre établi par les classes dominantes et quitta la ville en armes pour se réfugier sur les collines proches de la cité. Cette sécession, comparable à une grève, lui permit d’acquérir de haute lutte des droits sociaux et politiques. Si ces trois épisodes connurent un dénouement pacifique, les diverses tentatives de sécession s’achevèrent souvent dans le sang à travers l’histoire. On songe inévitablement à la guerre de Sécession américaine qui, entre 1861 et 1865, opposa les unionistes abolitionnistes dirigés par Abraham Lincoln aux sécessionnistes confédérés réunis autour de Jefferson Davis. Le conflit, qui se termina par la victoire des premiers, mit les Etats-Unis à feu et à sang et laissa quelques 620’000 morts sur les champs de bataille. Il est intéressant de noter que les Américains ne parlent jamais de guerre de Sécession mais de guerre civile (American civil war). Ce sont les Français qui lui ont donné le nom qu’on lui connaît ici. N’en déplaise peut-être aux tenants du Sonderfall (cas particulier) helvétique, la Suisse a connu, elle aussi, une guerre civile à caractère sécessionniste. En 1844, sept cantons conservateurs majoritairement catholiques firent alliance au sein du Sonderbund (Alliance particulière) pour s’opposer aux cantons progressistes et au pouvoir fédéral. Invoquant une violation du pacte fédéral, la diète leur déclara la guerre trois ans plus tard et désigna le genevois Guillaume-Henri Dufour à la tête des troupes confédérées. La campagne fut courte, du 3 au 29 novembre 1847 et fit moins d’une centaine de morts. Elle s’acheva par la défaite des insurgés et aboutit à la constitution de 1848 qui consacra la Suisse moderne. Interrogés par des médias suisses, certains indépendantistes catalans ont cité en exemple la démocratie helvétique pour mieux blâmer leurs propres institutions nationales. Ils ignorent évidemment que, pour en arriver là, la Suisse à du mater ses propres sécessionnistes par la poudre et le canon. Il n’y pas si longtemps …