Puceau

Georges Pop  |  Il est rare que le terme puceau soit utilisé lors d’une réunion politique pour apostropher un orateur. C’est pourtant arrivé la semaine dernière à Payerne lors du Congrès du PLR vaudois qui a massivement refusé l’initiative No Billag pour la suppression de la redevance radio-télé. 24Heures rapporte que lorsque le président des Jeunes PLR, Loïc Hautier, favorable à l’initiative, a invité l’auditoire issu, selon lui, du milieu bourgeois à songer au peuple et à voter oui, un congressiste hors de lui a bondi de sa chaise pour hurler: le père de famille que je suis répond à ce jeune puceau avant de démonter avec véhémence l’argumentaire de l’intervenant. Prise dans ce contexte, la qualité de puceau est forcément désobligeante. Pourtant, le mot n’est pas nécessairement péjoratif puisqu’il désigne un garçon vierge ou, au figuré, un homme inexpérimenté. En vieux français, puceau n’apparaît qu’au XIIIe siècle. Il s’agit d’une masculinisation de pucelle qui lui est bien antérieure. Normal que le féminin ait, dans ce cas, précédé le masculin et soit longtemps resté dominant : pucelle dérive du latin populaire pullicela qui désignait une jeune fille vierge et pure. Au VIIIe siècle, le mot s’est transformé en pulcela puis a fini par se simplifier en pucele. Lorsqu’au XVe siècle les contemporains de Jeanne d’Arc parlaient d’elle en disant La Pucelle, ils ne songeaient d’ailleurs pas à sa virginité mais à sa pureté. Beaucoup de rumeurs ont circulé sur la virginité de Jeanne. Certains prétendent qu’adolescente elle fut violée par un soudard ennemi, ce qui lui aurait donné la haine des Anglais. D’autres affirment qu’elle a eu un amant. Historiquement, il est établi que sa virginité fut constatée à deux reprises. Le reste est pure spéculation! Quant à son surnom de Pucelle d’Orléans, elle le doit à l’auteur François de Billon, un siècle après sa mort, dans son livre Le Fort inexpugnable de l’honneur du sexe féminin. Un peu comme si un jour le jeune Loïc Hautier devait, après une belle carrière, entrer malgré lui  dans l’histoire sous le sobriquet de Puceau de Payerne… Ceci encore: certains insignes métalliques familiers des militaires et des pompiers s’appellent des pucelles. Beaucoup pensent que c’est parce qu’il faut forcer sa boutonnière pour les arborer. La vraie raison est sans doute moins triviale: pendant la première guerre mondiale, des soldats français portaient une médaille de Jeanne d’Arc au revers de leur tunique. Ils pensaient ainsi se protéger, La Pucelle ayant été canonisée quelques décennies plus tôt.