Idole

Georges Pop  |  La disparition de Johnny, la semaine dernière, a réactualisé le temps du deuil médiatique son surnom un peu désuet d’Idole des jeunes. De nos jours, les mots star ou vedette se sont substitués, dans l’univers du show-business, à celui d’idole. Johnny doit ce sobriquet à une chanson qu’il interpréta pour la première fois à l’Olympia en 1962. L’Idole des jeunes est une adaptation du titre Teen Age Idol chanté par le rocker américain Ricky Nelson. La version française se hissa très vite au rang de tube dans tous les pays francophones. A l’origine, le mot idole désignait – et désigne encore – une statue représentant une divinité que l’on vénère; autrement dit que l’on idolâtre! Le terme nous vient du latin idolum qui avait le même sens mais qui prenait parfois celui de spectre ou de fantôme. Les Romains l’ont d’ailleurs emprunté au grec εἴδωλον (eίdôlon) qui s’appliquait à un esprit, une image ou un reflet dans l’eau. A partir du XVIIIe siècle – et peut-être plus tôt – le mot apparaît dans la littérature française pour désigner un être pour qui on brûle d’amour ou un personnage admiré, voire adulé à l’excès. Par exemple, dans son Sottisier, l’impertinent Voltaire, écrit: Le pape est une idole à qui on lie les mains et à qui on baise les pieds. Il faut surtout attendre l’avènement du cinéma pour que le mot commence à s’attacher à des acteurs célèbres, vénérés par d’innombrables idolâtres, tels que le mythique Rudolf Valentino, star du muet. Lorsqu’il mourut d’une septicémie en 1926, plusieurs femmes se suicidèrent de désespoir et 100’000 personnes (déjà!) assistèrent à ses funérailles à New-York. Avec l’émergence du rock’n’roll et le triomphe d’Elvis, la presse américaine imposa l’expression teenager idol (idole des adolescents). Elle sera reprise en français, au début des années soixante, grâce notamment à Johnny et à l’alors très populaire magazine Salut les copains. Si par hypothèse Johnny, qui était catholique, accède au paradis, y gardera-t-il son statut d’idole? C’est peu probable ! Selon la tradition judéo-chrétienne, reprise ultérieurement par l’islam, un des rigoureux commandements du Décalogue dit ceci : Tu ne feras aucune idole, aucune image (…). Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux (…). L’Eternel fera-t-il une petite exception pour Johnny ? Peut-être! Au risque alors de le laisser Allumer le feu dans le jardin d’Eden…