La petite histoire des mots
Vin

La saison des vendanges, et les fêtes joyeuses qui y sont associées, notamment dans notre région vitivinicole, nous offrent une parfaite occasion de nous pencher sur l’histoire du mot « vin ». Nul besoin d’être lexicologue pour savoir que « vin » nous vient en droite ligne du latin « vinum » qui désignait déjà la boisson alcoolisée obtenue par fermentation du raisin. Mais saviez-vous que « vinum » est un dérivé du grec « oînos » qui nous a donné « œnologie ». Or les deux mots ne se ressemblent pas du tout. Voilà qui mérite bien une petite explication…
En grec archaïque, la langue parlée par les Hellènes entre 800 et 500 av. J.-C, le mot « oînos » ne commençait pas par un « o » mais par une lettre appelée « digamma » (gamma double) qui a disparu à l’époque classique. Héritée des Phéniciens, elle s’écrivait comme un « F » latin, dont elle est d’ailleurs l’ancêtre. Cette lettre se prononçait comme un « w », plus précisément comme le « ou » de « oui ». Le latin a emprunté le mot grec à une époque où le son « w » était encore bien présent. C’est ainsi que « woînos » s’est progressivement latinisé, devenant « vinum », mais longtemps prononcé « winoum » (« ouinoum »).
En vieux français, le mot « vin » apparaît sous sa forme actuelle à la fin du Xe siècle déjà. Sa toute première attestation écrite figure dans la « Passion de Clermont » ou « Passion du Christ », un poème religieux anonyme, daté de l’an 980. Dans un mélange de parlers du nord (langue d’oïl) et du sud (langue d’oc), l’auteur y raconte la Passion de Jésus, du dimanche des Rameaux jusqu’au moment de la Pentecôte. Le texte est conservé dans un manuscrit gardé à la bibliothèque de Clermont-Ferrand.
Dans ce poème le mot « vin » apparaît non pas lors de l’épisode de la Cène, mais au moment de la Crucifixion, lorsque les bourreaux mélangent le fiel avec du vin pour le donner à boire à Jésus. Traduit en français moderne, le texte dit : « Et des félons dont je vous ai parlé plus haut, je dois en venir là où je m’étais arrêté ; car ils mêlent le fiel avec du vin, et ils le tendent à notre Seigneur ». Le « fiel » mélangé au vin proposé à Jésus lors de sa crucifixion, selon l’Evangile de Matthieu, désigne non pas de la bile, mais une boisson très amère et narcotique que les Romains offraient parfois aux condamnés à mort.
Le mot « vendange », au singulier comme pluriel, apparaît quant à lui en français au XIIe siècle. Il est issu du latin « vindemia » qui désigne déjà la récolte du raisin. « Vindemia » est un composé de « vinum » et du verbe « demere » qui signifie notamment « cueillir ». Littéralement, ce mot signifie « enlever le raisin de la vigne ».
Terminons par cette jolie citation de l’humoriste, journaliste et écrivain français Jean Amadou qui nous a quittés il y a une quinzaine d’années à l’âge de 82 ans : « Comme les vendanges, les amours tardives sont les plus délicieuses. »
Georges Pop


