La petite histoire des mots
Fuite (en avant)

Dernier rebondissement dans l’affaire Valérie Dittli : la conseillère d’Etat vaudoise a claqué la porte du Centre et briguera sa réélection, en 2027, sous la bannière d’un nouveau parti, le « Mouvement libéral ». Selon nombre de ses contempteurs, cette décision ressemble singulièrement à « une fuite en avant », inspirée par un « égo démesuré ». L’expression « fuite en avant » désigne une stratégie ou un comportement qui consiste à éviter un problème immédiat en accélérant ou en poursuivant une action, au risque d’aggraver la situation future. Elle est relativement récente, comme nous le verrons ultérieurement. Mais commençons par ausculter le mot « fuite » qui définit l’action de s’éloigner rapidement pour échapper à un danger, à un ennemi ou à une situation difficile. En vieux français, vers le XIe siècle, on utilisait le mot « fuie » pour désigner la « fuite », terme issu, après quelques transformations phonétiques, du latin « fuga » qui avait le même sens. « Fuite » est le résultat de ce que les linguistes appellent une « réfection analogique », un phénomène qui décrit le changement de forme d’un mot pour ressembler à d’autres mots de la même famille ou de structure similaire. C’est ainsi que « fuite » est apparu aux alentours de l’an 1200, formé sur le modèle de « suite ».
L’expression métaphorique moderne « fuite en avant » s’est imposée au milieu du XXe siècle dans le vocabulaire politique, militaire et psychologique. Mais son origine littérale et précise reste incertaine. Certains lexicologues pensent cependant qu’elle est une traduction littérale de la locution allemande « Flucht nach vorn » (« Flucht » signifie « fuite » et « nach vorn » signifie « vers l’avant »). Ce concept était déjà présent un siècle pour tôt pour décrire le comportement d’une troupe ou d’un animal qui, acculé, se précipite droit vers le danger par instinct de survie.
Dans l’entre-deux-guerres, l’expression fut adoptée par la psychanalyse pour désigner un mécanisme de défense. Son usage s’est entendu à la politique, à l’économie et au langage quotidien, après la Seconde Guerre mondiale. Certains grammairiens ont critiqué la formule arguant qu’une fuite se fait forcément dans l’avant, autrement dit dans la direction où l’on court. Cependant, tous s’accordent de nos jours pour dire qu’elle n’est pas un pléonasme.
Dans l’apparente « fuite en avant » de Valérie Dittli, chacun est libre de voir de la détermination ou de l’entêtement. La détermination exprime une force de caractère qui pousse à poursuivre, lucidement, un objectif précis malgré les obstacles. L’entêtement désigne, lui, un refus obstiné de changer d’avis ou de méthode, souvent motivé par l’ego ou la peur d’avoir tort. Il conduit à l’impasse, au conflit et à l’épuisement.



