La petite histoire des mots
Mouche

Sous nos latitudes, la saison des mouches s’étend essentiellement du printemps à la fin de l’automne, avec un pic d’activité en été, lorsque la chaleur et l’humidité accroissent leur cycle de reproduction. Quoi de plus exaspérant qu’une mouche ! On a beau la chasser, elle revient encore et encore nous harceler avec une insupportable obstination, envoutée par le dioxyde de carbone (CO₂) de notre respiration, la salinité de notre sueur et notre chaleur corporelle. Le comportement horripilant de ces insectes a inspiré la formule « prendre la mouche » ou, plus familièrement « piquer la mouche », qui signifie s’énerver brusquement.
Homologuée par l’Académie au milieu du XVIIe siècle, cette expression existait déjà à la fin du Moyen-Âge sous la forme « prendre mouskes » pour « s’irriter ». On la trouve notamment dans les textes du moine bénédictin, chroniqueur et poète Gilles le Muisit. Le mot « mouskes » désignait alors tous les insectes volants et piquants. Pour les chasser, on brûlait du foin ou d’autres plantes. Les fenêtres des demeures étaient calfeutrées à l’aide de toile cirée ou de parchemin huilé pour les empêcher de se répandre.Le mot « mouche » est issu du latin « musca » qui désignait déjà les mouches mais aussi d’autres insectes volants. Il est cocasse de relever qu’au sens figuré, ce mot était aussi utilisé par les Romains pour désigner une personne particulièrement collante ou importune.
En bon vaudois, on utilise aujourd’hui le mot « pèdze » pour décrire une telle personne qui a tendance à s’attarder, comme un pilier de bar qui s’incruste obstinément. « Pedzer » est un dérivé du latin « pix » qui veut dire « poix », cette matière visqueuse et collante étant déjà bien connue des anciens. Mais revenons à nos mouches ! Le terme latin « musca » s’est naturellement transformé en « mouske », « mouce » ou « mousche », vers la fin du XIIe siècle, avant de se fixer en « mouche ». Mais jusqu’au XVIIe siècle, ce terme était un nom générique qui désignait divers insectes volants, comme la « mouche à miel » pour l’abeille ou la « mouche à bœufs » pour le taon. Ce n’est qu’ensuite que son sens s’est restreint presque exclusivement aux diptères (insectes à deux ailes), dont notre envahissante mouche domestique est le type le plus courant.
Et si on a autant de mal à se débarrasser d’une mouche c’est principalement parce que son petit cerveau traite les informations visuelles environ sept fois plus vite que le nôtre. Lorsque, par exemple, une main humaine s’approche, une mouche la perçoit comme dans un film au ralenti. De plus, ses minuscules antennes détectent les moindres vibrations ou variations de pression d’air en une fraction de seconde.
Grâce soit rendue au pharmacien bordelais Jean Gabriel Louis Hippolyte Moure qui, à la fin du XIXe siècle, a breveté le premier papier tue-mouches, ainsi qu’à l’inventeur américain Robert R. Montgomery qui a imaginé la première tapette à mouches en 1900, un filet métallique oblong attaché à un manche, offrant un outil plus aérodynamique que le papier journal alors couramment utilisé.



