La petite histoire des mots
Adieu

Stan Wavrinka l’a annoncé la semaine dernière : il fera ses adieux au tennis professionnel à la fin de l’année. Après 23 ans de carrière sur le circuit ATP, il tirera définitivement sa révérence à la fin octobre, aux Swiss Indoors de Bâle. Après quoi, il participera le 19 décembre, à Genève, à un dernier événement d’adieu baptisé « One Last Backhand » (« Un dernier revers »), consacré à son riche parcours. Pour un artiste ou un sportif, « faire ses adieux » signifie mettre un terme publiquement à sa carrière par un acte symbolique, souvent très médiatisé.
Le mot « adieu » est une formule de politesse marquant une séparation, un départ, voire un renoncement, par exemple dans l’expression « dire adieu à ses projets ». En français standard, il implique généralement une coupure définitive, voire tragique dans certaines circonstances. Mais il possède des exceptions selon les régions. En Suisse romande, mais aussi en Savoie et dans le Midi de la France, il est encore courant de dire « adieu », de manière familière, pour dire « salut » ou « bonjour » en arrivant, ou « au revoir » en partant, sans aucune pensée définitive. Chez nous, la phrase « Adieu, qu’est-ce tu dis ? » équivaut ainsi à « Salut, comment vas-tu ? Quoi de neuf ? ».
Le mot « adieu » nous vient de l’expression médiévale « A Dieu vous commant » qui signifie « Je vous recommande à Dieu », elle-même adaptée de la formule liturgique latine « ad Deum » qui signifie littéralement « vers Dieu » ou « à Dieu ». En usage dès la fin du XIIe siècle, elle consistait à confier un proche à la protection divine. Au Moyen Âge, elle n’était pas un adieu définitif, mais une formule de salutation utilisée lors de diverses circonstances de la vie quotidienne, notamment lors d’une brève séparation.
Le mot « adieu » n’a pas soudainement remplacé la formule « A Dieu vous commant ». Mais les locuteurs ont commencé très vite à la réduire pour aller plus vite. On trouve déjà des traces écrites de la forme abrégée « A Deu » chez certains auteurs du XIIe siècle comme Chrétien de Troyes. Le mot « adieu » est devenu un substantif à part entière au milieu du XVe siècle sous la forme que nous lui connaissons de nos jours. Et c’est au cours des deux siècles suivants que ce mot, en français standard, a commencé à être associé à un départ définitif.
L’expression « au revoir », quant à elle, s’est progressivement imposée à partir de la fin du XVIIe siècle. Pour « adoucir » le côté définitif du mot « adieu », les gens cultivés avaient pris petit à petit l’habitude de dire « Adieu, jusqu’au revoir… ». L’émergence des salons littéraires parisiens et la création de l’Académie française ont officialisé et popularisé la seconde partie de cette formule, débarrassée de son « adieu ».
Aujourd’hui nous sommes nombreux à nous fendre d’un simple « bye » anglais pour prendre congé. Là encore, Dieu n’est pas loin : le mot « bye » est l’abréviation familière de « goodbye » qui est déjà une contraction phonétique de la formule médiévale « God be with ye » qui signifie « Que Dieu soit avec vous ».
Quant au amateurs d’italien qui préfèrent dire « tchô », un dérivé romand de « ciao », ils seront sans doute surpris d’apprendre que le « ciao » italien est issu du dialecte vénitien et dérive de l’expression « s-ciào vostro » qui signifie littéralement « je suis votre esclave ». A l’origine, c’était une marque d’humilité et de politesse, équivalant à « Je suis à votre service ».
A Dieu vous commant ! Et à la semaine prochaine…



