Election au Conseil d’Etat – 28 février 2027
Le PLR repart à la conquête du Conseil d’Etat

A moins de neuf mois du premier tour de l’élection au Conseil d’Etat vaudois, les trois PLR sortants ont répondu aux questions des médias membres de Vaud Presse. Christelle Luisier Brodard, Isabelle Moret et Frédéric Borloz briguent chacun un second mandat, sous réserve de leur désignation par le congrès de leur parti. Trois personnalités, trois départements, mais une même vision dans leurs réponses : la proximité avec les citoyennes et les citoyens, les communes et les régions du canton. Un ancrage territorial qu’ils posent comme leur principal argument pour convaincre Vaudoises et Vaudois de leur renouveler leur confiance.

Christelle Luisier
Vous trois, conseillers d’Etat sortants, souhaitez vous représenter. Pourquoi votre équipe est-elle, selon vous, la bonne formule pour le canton ?
Nous représentons trois régions, trois sensibilités, mais une même envie de servir ce canton et celles et ceux qui le font vivre. Cette combinaison fait notre force, celle d’une équipe qui sait travailler ensemble. Et, en tant que PLR, nous portons le même engagement en faveur de nos PME et de nos indépendants : de l’agriculture à l’industrie, de la restauration aux entrepreneurs. C’est tout ce tissu économique qui fait la vitalité du canton, et nous nous battons pour lui au quotidien.
Vous avez été syndique de Payerne pendant neuf ans. Est-ce qu’il vous arrive, depuis le Château, de vous dire que le canton ne comprend pas assez les réalités du terrain communal ?
Vous dire que non serait mentir, cela m’arrive. Mais c’est justement pour cela que je reste à l’écoute. Ce qui compte, c’est de ne jamais perdre le contact avec celles et ceux qui vivent le quotidien du canton. Eux savent mieux que personne ce qui fonctionne. Mon travail, c’est d’entendre leur réalité et de l’intégrer aux réflexions du Conseil d’Etat, pour qu’on ne décide jamais hors-sol. Garder cette proximité à l’esprit est primordial.
Vous avez choisi de vous exprimer pour vos candidatures via les 12 médias membres de Vaud Presse (groupement des éditeurs vaudois). Comment le canton entend-il soutenir ces médias de proximité à l’avenir ?
Les journaux locaux incarnent la proximité même : le premier lien social dans les villages et les districts. C’est tout naturellement que nous avons fait ce choix, pour nous adresser aux Vaudoises et aux Vaudois directement chez eux. Durant cette législature, nous avons activement soutenu la diversité de la presse locale vaudoise, à travers de nombreuses mesures, notamment des projets à destination des jeunes. Les résultats étant satisfaisants, nous avons proposé de renouveler ce soutien pour les cinq prochaines années : il nous tient à cœur d’accompagner la presse locale dans sa transition, et de préserver cette diversité médiatique si précieuse pour le canton de Vaud, si vitale pour notre débat démocratique.
Quels sont les grands défis que le canton devra absolument relever lors de la prochaine législature, et quel rôle entendez-vous y jouer personnellement ?
Le 14 juin, en rejetant l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », la population nous a fait confiance, mais a exprimé ses inquiétudes. Cela nous oblige à agir. Pour moi, cela commence avec le logement. Avec notre Vision logement, nous voulons construire davantage tout en préservant la qualité de vie. Il faut accompagner le développement, sans dénaturer notre cadre de vie. Soutenir notre économie ensuite, pour rester attractifs et créer des emplois. Préserver aussi notre identité et notre sécurité, ce qui fait qu’on se sent bien ici. Tout cela suppose des finances maîtrisées, sans quoi rien n’est possible : améliorer l’efficience de l’Etat et contenir la croissance des charges en sont les clés.
Vous avez présidé le Conseil d’Etat vaudois. Qu’est-ce que cette responsabilité a changé dans votre manière de gouverner ?
Ces dernières années ont été marquées par de nombreuses crises, je ne vais pas le cacher. Nous avons souvent dû décider dans l’incertitude, et agir avec responsabilité. Etre garant des institutions demande un certain courage, celui de se placer au-dessus de la mêlée. On en sort différemment : avec davantage de recul et de maturité face aux défis. Présider un collège, c’est accepter ce rôle avec humilité, y compris quand il est impopulaire. C’est une expérience humaine qui apprend à garder le cap et à rassembler, quand tout pousse à se diviser.

Isabelle Moret
Vous sollicitez un nouveau mandat. Hormis l’attachement à votre fonction, qu’est-ce qui vous motive concrètement à repartir pour cinq ans ?
Ce qui me motive, c’est la volonté de m’engager en faveur d’un canton prospère et innovant. Vaud forme avec Genève le second poumon économique de la Suisse. Il doit absolument le rester. Notre responsabilité est d’assurer des conditions favorables à la création d’emplois, à l’innovation et aux investissements sur sol vaudois. Toutes nos actions lancées ces quatre dernières années vont dans le même sens : celui de favoriser la compétitivité de nos entreprises. Mais le travail n’est pas fini, surtout dans un contexte géopolitique aussi agité. C’est pourquoi je souhaite continuer de m’investir en faveur de la prospérité de notre canton, avec des mesures qui répondent aux besoins et aux défis du terrain.
Quelle décision de cette législature a eu, selon vous, l’impact le plus concret sur la vie quotidienne des Vaudois ?
Les baisses fiscales ciblées pour la classe moyenne. Concrètement, c’est ce qui reste à la fin du mois dans le porte-monnaie des familles vaudoises. J’y ajoute notre action pour l’emploi. La meilleure politique sociale, c’est une place de travail. Tous les programmes déployés en faveur des jeunes, des femmes et des seniors ainsi que les mesures ciblées pour les entreprises vaudoises ont un effet direct et durable sur la vie de gens. N’oublions pas les 900 millions d’investissement en faveur des infrastructures de demain, notamment pour les gymnasiens et les écoles professionnelles du canton.
Si vous deviez convaincre un habitant d’une petite commune vaudoise de voter pour vous trois, quel serait votre argument principal ?
Je lui dirais : votre prospérité et celle du canton sont liées. Si nos entreprises vont bien et si la relève est présente ce sont des emplois qui restent dans votre région. Le PLR, c’est le parti qui crée les conditions de cette réussite. Nous avons d’ailleurs obtenu 50 millions pour soutenir les projets dans les régions en faveur d’un tourisme quatre saisons et mis sur pied un programme pour renforcer la vitalité de l’économie de proximité.
Vous avez siégé au Conseil national de 2006 à 2022. Avec ce recul, Berne comprend-il suffisamment les réalités et les besoins du canton ?
Disons, qu’il est bon de rappeler très régulièrement et avec conviction l’existence et surtout le poids du canton de Vaud à la Berne fédérale. Prenez la mobilité, les projets vaudois ont été relégués aux calendes grecques. Ce n’est pas admissible pour la deuxième région économique de Suisse ! Autre exemple, l’industrie qui est sous pression comme jamais. Berne ne bouge pas. C’est pourquoi, sous mon impulsion, nous organisons cet automne une table ronde avec les autres cantons romands autour du maintien de la production industrielle en Suisse. Une question cruciale pour l’avenir de notre pays.
Les disparités économiques entre régions vaudoises sont une réalité. Quels territoires vous préoccupent le plus, et pourquoi ?
Comme ministre de l’Economie en charge également de l’emploi, il me semble important de proposer des outils qui soutiennent les régions. C’est ce que nous avons mis en place avec notre nouvelle politique de développement économique avec une attention particulière sur l’économie de proximité pour soutenir la vitalité des régions et favoriser le développement local. Nous avons également renforcé les collaborations entre les offices régionaux de placement (ORP) et les entreprises locales. Mon objectif, c’est un canton à plusieurs moteurs, pas un canton à deux vitesses. Chaque région doit pouvoir miser sur ses atouts.
Comment le canton peut-il soutenir ses régions sans empiéter sur l’autonomie communale ?
Le canton peut amener des outils et des moyens, grâce à notre promotion économique, aux soutiens à l’innovation et aux infrastructures. Les meilleurs projets sont ceux qui partent du terrain. C’est un partenariat : le canton met les moyens et une vision d’ensemble, les communes gardent la main sur leurs priorités.

Frédéric Borloz
Vous sollicitez un nouveau mandat au Conseil d’Etat. Hormis l’attachement à votre fonction, qu’est-ce qui vous motive concrètement à repartir pour cinq années supplémentaires ?
Diriger un département comme le mien, c’est travailler sur de nombreux projets à long terme qui ne seront pas terminés dans un an, en fin de législature. Il est pour moi motivant d’envisager que je puisse poursuivre des chantiers comme la redéfinition des exigences scolaires, la défense des compétences fondamentales, les besoins spécifiques des élèves sans oublier le soutien à la classe et à l’enseignant lorsque c’est nécessaire, ou encore une conception harmonisée du passage de la fin de la scolarité obligatoire au gymnase et aux formations professionnelles.
Quelle décision prise durant cette législature a eu, selon vous, l’impact le plus concret sur la vie quotidienne des Vaudois ?
Ma réponse spontanée, à l’échelle de mon département, est de tout faire pour avoir le meilleur système de formation possible, d’avoir le meilleur niveau possible. Les récents résultats vaudois dans une enquête nationale montrent que nous sommes sur le bon chemin. Sinon, je pense aussi l’importance du lien entre l’école et les familles. Nous avons pris en 2024 la décision de créer des congés joker octroyables de manière simple et sans motif. Un autre projet est en test dans des établissements : une application permettant de faciliter la communication entre l’école et les parents.
Le 1er juin dernier, vous avez présenté un plan d’action qui prévoit des espaces ressources dans chaque établissement scolaire d’ici 2028. Comment garantissez-vous que ces mesures seront réellement accessibles à tous les élèves vaudois ?
Ces espaces ressources s’inscrivent dans le cadre du plan d’action sur les troubles du comportement. Car en matière de prise en charge d’enfants ayant des besoins spécifiques, nous n’avions pas encore abordé cet aspect-là. Lorsque, dans une classe, il y a un élément perturbateur, il faut pouvoir mieux gérer la situation et permettre ainsi aux autres élèves de ne pas subir cette situation. Les espaces ressources sont une des réponses, fournissant un lieu dédié à une prise en charge temporaire et offrant un cadre d’apprentissage plus adapté. Nous en avons déjà déployé dans de nombreux établissements et nous sommes engagés à le faire partout, dans toutes les régions en effet.
Vous avez été syndic d’Aigle pendant quinze ans. Depuis le Château, avez-vous parfois le sentiment que le canton impose aux communes des charges qu’il ne mesure pas suffisamment ?
Je suis très respectueux de l’autonomie communale et de l’importance de maintenir l’assise et l’énergie de ces collectivités locales. En effet, j’en ai été un acteur engagé. Les rapports avec le canton fonctionnent lorsqu’il y a un bon équilibre. Bien sûr, il arrive que l’Etat demande beaucoup, trop peut-être. Mais alors il ne faut pas, de chaque côté, se figer sur des postures et plutôt chercher des chemins ensemble. Les communes, c’est le concret, c’est le terrain : vu du chef-lieu, on doit les écouter et les comprendre. C’est un effort de part et d’autre.
Vaud est l’avant-dernier canton du pays en matière de formation professionnelle. Au-delà de la future Cité des métiers de Crissier, que comptez-vous faire lors de la prochaine législature pour améliorer concrètement la situation ?
Je me suis engagé dès le début pour la valorisation de la formation professionnelle. Je suis moi-même issu de cette filière et j’y suis attaché. Oui, nous devons faire mieux, en particulier dans le passage direct après l’école obligatoire vers une formation certifiante. Nous avons déployé un plan pour cela avec Mme Moret, et le projet de refonte de la fin de l’école obligatoire va exactement dans ce sens. Sur un autre plan, lorsque nous pouvons développer des centres de formation dans des régions décentralisées, nous le faisons.



