La petite histoire des mots
Cocaïne

Une étude de la fondation Addiction Suisse le révèle : la consommation de cocaïne progresse de façon alarmante en Suisse : les analyses des eaux usées montrent une forte augmentation des traces de cocaïne, notamment à Genève et à Zurich, ces deux villes figurant même désormais parmi les dix cités européennes les plus touchées par la consommation de cet alcaloïde psychotrope issu de la feuille de coca. Elles figurent à la 7e et à la 8e place d’un classement réalisé par l’Agence européenne des drogues.
Il est inutile de préciser que le nom de cette drogue est un dérivé de celui la plante coca, appelée aussi cocaïer. Le terme « coca » est attesté en français dès 1568 pour nommer cet arbuste d’Amérique du sud dont les feuilles contiennent de la cocaïne puis, trois décennies plus tard, pour désigner plus spécifiquement les feuilles de l’arbuste mâchées par les populations indigènes pour leurs effets stimulants. Le français l’a emprunté à l’espagnol « coca », lui-même issu de « kuka », le nom donné à la plante par les Incas dans leur langue, le quechua.
Le terme « cocaïne » fut, quant à lui, inventé en 1860 par le chimiste allemand Albert Niemann qui parvint à isoler la forme cristalline de cet alcaloïde dont il décrivit certains effets anesthésiants. Victime de vapeurs toxiques lors de ses diverses recherches en laboratoire, il est mort une année plus tard, à l’âge de 26 ans. C’est son collègue Wilhelm Lossen qui reprit ses travaux pour déterminer la formule exacte de la cocaïne.
En médecine, la cocaïne est classée parmi les substances « psychotropes », car elle agit directement sur le système nerveux central en modifiant l’activité cérébrale et la transmission des neurotransmetteurs. Le terme « psychotrope » a été inventé et popularisé par l’école psychiatrique française dans les années 1950. Il a été introduit par les psychiatres français Jean Delay et Pierre Deniker, en associant les mots grecs « psycho » (esprit) et « trope » (tourné vers).
Il est de notoriété publique que le nom du « Coca-Cola » vient directement des deux ingrédients principaux utilisés dans la recette originale de ce célèbre soda, créé en 1886 à Atlanta par le pharmacien John Pemberton : la feuille de coca, qui donne un goût stimulant à cette boisson, et les noix de kola, originaires des forêts tropicales africaines, utilisées pour apporter de l’énergie grâce à leur caféine.
De nos jours, les feuilles de coca sont toujours utilisées dans la fabrication du Coca-Cola. Chaque année, la multinationale importe légalement des dizaines de tonnes de feuilles de coca de Bolivie et du Pérou. Elle est la seule autorisée à le faire. Ces feuilles subissent cependant un processus de décocaïnisation très strict : elles sont traitées dans une usine spécialisée pour en extraire toute la cocaïne. L’extrait végétal restant est ensuite utilisé dans la recette secrète du soda.
Quant à la cocaïne extraite, elle est revendue à des laboratoires pharmaceutiques pour un usage médical, par exemple la production d’anesthésiques locaux utilisés pour insensibiliser une zone avant des chirurgies invasives, des endoscopies ou l’insertion de sondes naso-gastriques.
Terminons par cette citation du chanteur Elton John dont il est vivement recommandé de ne pas suivre l’exemple : « Parfois, lorsque je suis en avion au-dessus des Alpes, je me dis : ça ressemble à toute la cocaïne que j’ai sniffée. »



