La petite histoire des mots
Tifosi

Les supporteurs du football italien, les « tifosi » sont scandalisés, dégoutés… : Pour la troisième fois consécutive, la Squadra Azzurra, l’équipe de foot italienne, battue par la Bosnie-Herzégovine aux tirs au but, mardi dernier, ne participera à la prochaine Coupe du monde qui aura lieu du 11 juin et 19 juillet aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.
Au risque de surprendre le lecteur, le mot italien « tifosi » (pluriel de tifoso) fait bien partie de la langue française. Il est reconnu et défini dans la dernière édition du dictionnaire de l’Académie française et figure à ce titre de plein droit dans le Larousse et le Petit Robert. Ce substantif désigne les supporteurs passionnés d’une équipe de football de la Péninsule, les admirateurs inconditionnels de l’écurie Ferrari, en Formule 1, et plus généralement les partisans enthousiastes d’un sportif ou d’une équipe sportive italienne, toutes disciplines confondues.
Le mot « tifoso », apparu en italien au début du XXe siècle, a une origine assez singulière. Il dérive métaphoriquement de la maladie du typhus (tifo en italien), les supporters sportifs étaient décrits comme « fiévreux », manifestant des comportements exagérés et délirants, semblables à ceux de personnes atteintes de cette maladie infectieuse, caractérisée par le délire et l’obscurcissement de la raison.
Que ce soit en italien ou en français, le mot « typhus » nous vient du grec ancien « tûphos » qui signifie « stupeur », « torpeur » ou encore « léthargie ». Popularisé par Hippocrate, le « père de la médecine », il décrivait un état de confusion mentale et d’abattement profond de certains malades. Il dérive du verbe « tuphein » qui veut dire « fumer » ou « enfumer », les anciens croyant que les comportement irrationnels des malades étaient dus à l’inhalation de fumées ou de vapeurs nocives.
Le terme a longtemps désigné diverses maladies fébriles, avant d’être appliqué, dès le XVIIIe siècle, à la maladie infectieuse moderne par le médecin français Boissier de Sauvages. De nos jours, il désigne principalement le typhus exanthématique, transmis par les poux, ainsi le typhus murin, transmis par les puces, deux maladies caractérisées par une fièvre élevée et une forme de stupeur.
Bien que leurs symptômes se ressemblent, il faut distinguer le typhus de la fièvre typhoïde qui sont des maladies différentes : le typhus est causé par des bactéries transmises par des piqûres d’insectes, alors que la fièvre typhoïde est une infection, également bactérienne, consécutive à l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Leur traitement repose sur l’utilisation d’antibiotiques.
En revanche, il n’existe aucun traitement pour « guérir » les tifosi les plus surexcités. Lorsqu’ils se déchainent dans ou hors des stades, les coups de matraque et les gaz lacrymogènes de la police tempèrent passagèrement leurs symptômes, mais sont inefficaces pour faire tomber durablement leur fièvre extravagante.


