La petite histoire des mots
Addiction

A la fin de la semaine dernière, l’Autriche a annoncé son intention d’interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 14 ans. Le gouvernement de Vienne, le premier en Europe à prendre cette mesure, invoque les risques d’addiction et la présence de contenus nocifs pour justifier cette mesure. Quelques jours plus tôt, un tribunal de Californie avait condamné Instagram et YouTube à une forte amende, les jugeant responsables du caractère addictif de leurs plateformes et des troubles de santé mentale subis à l’adolescence par une jeune Californienne.
Le mot « addiction » définit une maladie chronique caractérisée par la dépendance à une substance, comme le tabac, l’alcool et les produits stupéfiants, notamment, ou une activité, devant un écran, par exemple, malgré la conscience de ses conséquences négatives sur la santé physique ou psychologique. Emprunté à l’anglais dans les années 1980, ce terme fut initialement utilisé pour désigner les dépendances à l’alcool, avant de s’étendre aux drogues puis aux accoutumances comportementales, comme les jeux d’argent ou les achats compulsifs.
Qualifié au début d’ « anglicisme » par les puristes de la langue française qui lui préféraient les termes « dépendance » ou « accoutumance », ce substantif, qui est pourtant issu du latin, a finalement été admis par l’Académie française. Il est désormais totalement intégré dans notre langue, surtout dans le parler médical et psychologique.
« Addiction » nous vient du latin « addictus » qui, au temps des Romains, désignait un « esclave pour dette ». Le terme est issu du verbe « addicere » qui signifie « attribuer » ou « consacrer ». Dans le langage juridique, ce verbe définissait l’arrêt d’un tribunal livrant un débiteur insolvable à son créancier, le privant de sa liberté en le condamnant à la servitude et à la contrainte par corps. « Addictus », participe passé de « addicere », signifie littéralement être « affecté à » ou être « adjugé à ».
Adopté par l’anglais au XVIe siècle, « addiction » désignait à l’origine une attache ou une dévotion forte, souvent positive, envers quelqu’un, une habitude ou une coutume. Ce n’est qu’au XXe siècle, que le sens a évolué vers la définition médicale moderne que nous lui connaissons désormais, à savoir une dépendance compulsive, destructrice et physiologique à une substance ou à une conduite.
Le psychiatre et addictologue français Laurent Karila a popularisé la règle mnémotechnique des « 5 C » pour identifier les symptômes de l’addiction : la perte de Contrôle de la consommation ; son usage Compulsif ; le « Craving », un terme médical anglo-saxon qui désigne un désir ardent ou une envie irrépressible de consommer une substance ou d’exécuter un comportement ; une pratique Continue ou chronique et, enfin, les Conséquences négatives physiques, psychiques ou sociales.
Selon la psychanalyste et autrice américaine Clarissa Pinkola Estes, « L’addiction, c’est tout ce qui vide la vie de son sens tout en la faisant paraître meilleure. »


