La petite histoire des mots
Burkini

Par 53 voix contre 38, le Grand Conseil genevois a voté, à la fin de la semaine dernière, l’interdiction du burkini dans les piscines publiques du canton. La nouvelle loi impose une tenue devant laisser les bras nus et se terminant au-dessus des genoux. Elle interdit de fait le maillot de bain « islamique » qui couvre l’intégralité du tronc, des bras, des jambes et des cheveux, ne laissant visible que le visage, les mains et les pieds. Cette tenue est vue par ses détracteurs comme un défi à la laïcité, à l’égalité homme-femme, et comme le symbole d’une revendication religieuse obscurantiste.
Le terme « burkini » (ou burquini) est un mot-valise créé en 2004 par la styliste australo-libanaise Aheda Zanetti qui en est la conceptrice. Il est formé par la contraction de « burqa » (ou burka), ce vêtement couvrant la totalité du corps, porté par certaines femmes musulmanes, et de « bikini », un maillot deux-pièces aux dimensions très réduites.
Le bikini a été créé en 1946 par Louis Réard. Cet ingénieur automobile français gérait en parallèle la boutique de mode de sa maman à Paris. En observant les femmes retrousser leurs vêtements de plage pour obtenir un meilleur bronzage, il eût l’idée de concevoir un tout petit maillot de bain, constitué d’une culotte triangulaire et d’un soutien-gorge à deux triangles de tissu inversés, reliées par des cordes. Aucun mannequin n’ayant accepté de le porter, il engagea une strip-teaseuse pour le présenter dans une piscine de la capitale française. Le succès fut immédiat !
Il donna à sa création le nom de l’atoll de Bikini dans les îles Marshall, en plein océan Pacifique, où les Américains testaient des bombes atomiques. Il choisit ce nom pour souligner l’effet « explosif » de son maillot de bain et la « bombe médiatique » qu’il devait provoquer ; ce qui fut le cas ! Contrairement à une légende urbaine, « bi » ne fait pas référence aux deux pièces. Le mot « bikini » vient du parler marshallais, « Pikinni » qui signifie « couvert de noix de coco ».
Le mot « burqa », de son côté, trouve son étymologie dans le mot arabe « burqu » désignant un voile ou un couvre-chef. Ce terme dérive du verbe « barqa’a », qui veut dire « voiler » ou « couvrir ». Il s’agit d’un vêtement traditionnel, principalement associé à l’Afghanistan. Il entra dans l’usage courant en français dans les années 1980, popularisé par la médiatisation de la guerre d’Afghanistan.
Chez nous, le port du burkini est très controversé. Pour les uns, il s’agit d’une rétrograde version « plage » de la burqa qui dissimule le corps des femmes pour mieux les assujettir, conformément à une vision islamiste et archaïque de leur place dans la société. Pour les autres, certaines féministes notamment, le burkini relève de la liberté individuelle, du droit des femmes musulmanes à disposer de leur corps, tout en leur offrant un accès aux piscines.
En dépit de leurs criantes différences, bikini et burkini ont un point commun : leur grand succès commercial auprès d’une clientèle très dissemblable qui ne risque plus de se croiser dans les piscines genevoises.


