La petite histoire des mots
Baril

Conséquence de la guerre dans le Golfe Persique et des menaces qui pèsent sur la navigation commerciale au passage du détroit d’Ormuz, le prix du baril de pétrole est devenu très volatile, changeant parfois d’une heure à l’autre, avec des incidences sur le prix de l’essence à la pompe et le porte-monnaie des consommateurs. Si le mot « baril » est devenu familier, tant il est ressassé par les médias, peu d’entre nous savent vraiment à quoi il correspond…
Le baril (barrel en anglais) s’est imposé comme unité de mesure standard pour le pétrole dans les années 1860, avec l’apparition des premiers puits de pétrole en Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Le volume de 42 gallons américains – ce qui correspond à quelque 159 litres – a été introduit pour uniformiser son transport qui, en ce temps-là, utilisait des barriques en bois pour déplacer des marchandises telles que le wiskey ou l’huile de baleine. Adopté par les Anglo-saxons, le baril a fini par devenir une référence mondiale, même si l’or noir n’est évidemment plus transporté dans des tonneaux.
Aussitôt traduit dans notre langue par « baril », le terme anglais « barrel » est cependant bien d’origine française. Au XIIe siècle, en vieux français, le « barril » (orthographié « barrilz » au pluriel) désignait un petit tonneau. Ce terme est issu du latin vulgaire « barriclus », le diminutif de « barrica » qui nous a donné le mot « barrique ». Comme un très grand nombre de mots français, ce terme est passé dans la langue anglaise après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066.
Dans le jargon du commerce pétrolier, de nos jours, l’acronyme le plus communément utilisé pour le baril de pétrole est « bbl ». Cette abréviation est issue des termes anglais « Blue Baril » (Baril Bleu), la couleur bleue ayant été utilisée dès la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis pour distinguer les barriques de pétrole de celles utilisées à d’autres fins, par exemple pour le transport de la bière.
En dépit du réchauffement climatique, le pétrole continue de structurer l’économie mondiale. En 2025, sa production globale a atteint un nouveau record avec quelque 106 millions de barils par jour, selon l’administration américaine de l’énergie. Et la demande ne cesse de progresser pour soutenir la croissance, notamment indienne et chinoise. Les Etats-Unis se maintiennent comme le premier producteur mondial, devant l’Arabie saoudite et la Russie.
Le mot « pétrole » nous vient, quant à lui, du latin médiéval « petroleum », composé de « petra » (pierre) et « oleum » (huile), signifiant littéralement « huile de pierre ». Apparu en français au XIIIe siècle sous la forme « petteroile », il désignait l’huile minérale qui suinte des roches. Selon l’écrivain français Pierre Mac Orlan, « On dit que l’argent n’a pas d’odeur, mais le pétrole est là pour le démentir ».


