La petite histoire des mots
Dolomites

La station italienne de Cortina d’Ampezzo, qui accueille la plupart des épreuves des Jeux olympiques d’hiver 2026, est surnommée la « perle des Dolomites ». Elle est célèbre pour son cadre chic, ses hôtels huppés et ses splendides paysages classés à l’UNESCO. Le massif des Dolomites, au sein duquel la station est nichée, doit son nom au savant Genevois Nicolas-Thédore de Saussure, fils du naturaliste Horace-Bénédict de Saussure, célèbre pour avoir réalisé l’ascension du Mont Blanc en 1787.
Au temps des Romains et jusqu’au XVIIIe siècle, le massif des Dolomites était principalement connu sous le nom de « Monti Pallidi » (Montes Pallidi, en latin), ce qui signifie « Monts Pâles ». On lui avait donné ce nom en raison de son aspect lunaire et des roches de couleur claire, presque blanche ou gris-blanc, qui le compose. Cette couleur contrastait fortement avec les montagnes sombres environnantes.
Bien que pâles en journée, ces roches s’embrasent de couleurs rouge, orange et violette à l’aube et au crépuscule, un phénomène nommé « enrosadira ». Issu du ladin, la langue locale, proche des dialectes romanches des Grisons et du frioulan, ce terme signifie « se teindre de rose ». Notons au passage que le ladin dolomitique et le romanche partagent des structures grammaticales et un vocabulaire similaires, issus du latin vulgaire. Le ladin, le romanche et le frioulan sont regroupés dans une famille linguistique appelée « favelle ladine » ou « parlers rhéto-romans ».
Le premier à avoir analysé ces roches singulières, lors d’un voyage dans les Alpes italiennes, est un géologue français du nom de Déodat Gratet de Dolomieu. Dans ses travaux, publiés en 1791, il observe que ces roches calcaires, riche en magnésium, se distinguent du calcaire ordinaire. Quelques années plus tard, pour lui rendre hommage, Nicolas Théodore de Saussure proposa le nom « dolomie » pour cette roche et, par extension, celui de « Dolomites » pour le massif.
Le toponyme « Dolomites » ne s’imposa cependant qu’à partir de 1864, année de la parution du livre « The Dolomite Mountains », un récit de voyage de deux Britanniques, l’aquarelliste Josiah Gilbert et le naturaliste George Cheetham Churchill. Grâce à cet ouvrage, le terme bénéficia d’une renommée à l’échelle du continent. En 1876, le nom « Dolomites » apparut pour la première fois sur une carte géographique de l’Empire austro-hongrois qui détenait alors ce territoire. C’en 1919, après la Première Guerre mondiale, que le Tyrol du Sud, incluant les Dolomites, fut intégré au royaume d’Italie.
A l’époque austro-hongroise, Cortina d’Ampezzo était déjà connue sous le nom de Cortina in Ampezzo. Son nom vient de la combinaison de deux éléments géographiques et historiques : le nom Cortina qui, en ladin, désigne un lieu fermé ou un ancien cimetière (le centre du village était occupé par un cimetière au Moyen-Âge) et le nom « Ampezzo », dérivé du latin « amplus » (ample), allusion à la largeur de la vallée où le village fut bâti.
La station compte aujourd’hui 7000 habitants. La région des Dolomites, dans son ensemble, attire chaque année quelque 34 millions de visiteurs.


