La petite histoire des mots
Autochtone

A l’occasion de la Cop30, qui s’est achevée le 21 novembre, coiffés de plumes et le visage peint, des centaines de militants « autochtones » ont manifesté à Belém, au Brésil, pour que cesse « le massacre » de la forêt amazonienne. Le mot « autochtone », substantif ou adjectif, désigne ou caractérise un individu dont les ancêtres sont les premiers occupants du territoire qu’il occupe. Ce terme remplace de plus en plus souvent le mot « indigène », jugé dépréciatif, car souvent utilisé au temps de la colonisation pour désigner des peuples considérés alors comme inférieurs.
Si, dans le langage courant, les deux termes sont bien synonymes, ils n’ont pas tout à fait la même définition : le terme « autochtone » désigne, comme nous l’avons vu, une personne qui vit dans un pays que ses ancêtres occupent depuis l’origine de son peuplement, alors que le mot « indigène » peut simplement désigner une personne qui habite dans le pays où elle est née.
L’utilisation par les anglophones du mot « indigenous » et par les hispanophones du terme « indigenas » a conduit les francophones à utiliser le substantif « indigène ». Or, de 1987 à 2007, dans le cadre du Groupe de travail sur la « Déclaration des droits des peuples autochtones » au sein des Nations unies, les représentants francophones ont systématiquement exigé que « indigenous » et « indigenas » soient traduits en français par « autochtones » dans les textes officiels.
Etymologiquement, « autochtone » nous vient du grec « autokhthôn » qui signifie littéralement « né de la terre elle-même ». Il assemble les mots « autós » qui veut dire « soi-même » et « khthôn » qui signifie « sol ». Dans notre langue, on trouve ce mot dans la littérature dès le XVIe siècle, mais seulement pour parler de personnages de la mythologie grecque nés directement de la terre, sans père ni mère mortels. Il évoluera dans le sens que nous lui connaissons au cours des deux siècles suivants.
Le mot « indigène » nous vient, quant à lui, du latin « indigena », qui signifie « originaire du pays ». Il est composé de « indu » (dans) et « -gena » (né de). Lui aussi est entré dans notre langue au XVIe siècle. Notons encore que le mot « aborigène » désigne les tout premiers habitants d’un pays, en particulier, en français, les peuples autochtones d’Australie. Ce mot nous vient du latin « aborigines », qui veut dire « depuis l’origine » (ab origine). Les Romains désignaient par ce terme les premiers habitants du Latium.
Ah oui ! Faites attention à ne pas confondre « aborigène » avec « arborigène ». Ce terme erroné est né d’une confusion avec « arboricole » qui se réfère à la vie des arbres ou dans les arbres… Aucun rapport, même s’il est vrai que, selon certains anthropologues, nos lointains ancêtres hominidés, comme les australopithèques, passaient du temps dans les arbres pour se reposer et se protéger des prédateurs. Mais ça , c’est une autre histoire…


