La petite histoire des mots
Surprise

Quelle surprise ! De l’aveu unanime de la presse et de l’ensemble des observateurs politiques, l’élection, la semaine dernière, de la socialiste jurassienne Elisabeth Baume-Schneider au Conseil fédéral fut une « grande surprise ». La surprise est souvent citée parmi les émotions primaires, celles qui sont universelles et innées, aux côtés de la peur, de la colère, de la tristesse, du dégoût et de la joie. Elle est provoquée par une information ou un événement imprévu et finit par s’effacer, en laissant généralement place à une autre émotion comme la colère, la déception ou la joie.
Le mot « surprise » est issu du verbe « surprendre », lui-même dérivé de « prendre » qui nous vient du latin « prendere » qui signifie « saisir ». En vieux français, « sorprendre » voulait dire « prendre le dessus » et « souspendre » signifiait « prendre par dessous », autrement dit prendre par surprise ou par tromperie. Apparentés à ces deux verbes, « sousprenant » signifiait « surprenant », « souspresure » avait le sens d’étonnement subit ou d’ébahissement et le mot « sourprise », le plus proche de notre « surprise » moderne, désignait un impôt imprévu. Oui, vous avez bien lu : un impôt ! Plutôt cocasse, n’est-ce pas ?
Il est vrai qu’aujourd’hui encore, le montant des impôts, expédiés gracieusement par les services fiscaux peu avant les dépenses de fin d’année, peut être une source de surprise, pas toujours heureuse d’ailleurs …
Au XVIe siècle, l’expression « par surprinse », utilisée dans les domaines militaire et judiciaire, définissait l’action de surprendre ou de prendre au dépourvu, notamment dans le but de nuire. Ce n’est qu’un siècle plus tard que « surprise », sous sa forme actuelle, finit par désigner un trouble ou une émotion provoqués par quelque chose d’inattendu.
Il est intéressant de relever que « surprise » existe aussi en anglais sous la même forme et avec le même sens qu’en français. Rien de surprenant dans la mesure où ce mot, comme des milliers d’autres, a été emprunté à la langue de Molière par celle de Shakespeare. On doit cependant aux Anglais l’expression « surprise party » qui, à la fin du XVIIIe siècle, dans l’armée britannique, désignait un détachement militaire furtif, l’ancêtre de nos commandos actuels. Son sens festif, quant à lui, est attesté en anglais américain quelques décennies plus tard. Mais il n’a été importé en Europe qu’après la Seconde Guerre mondiale, pour désigner une réunion dansante de jeunes organisée à l’improviste. Il n’a guère plus cours de nos jours, sauf peut-être chez les « boomers » nostalgiques des « surboums » de leur adolescence.
Alors que Noël approche, notons encore que la tradition qui consiste à joliment emballer les cadeaux date la fin du XIXe siècle. A l’époque victorienne, en Angleterre, les familles les plus aisées utilisaient du papier décoratif, des rubans et de la dentelle pour emballer leurs cadeaux et ménager ainsi un « effet de surprise ». Considérant que le papier cadeau est mauvais pour l’environnement et gaspille nos ressources, certains désormais y renoncent. Mais comme l’a récemment écrit un internaute anonyme qui a fait « le buzz » sur la Toile : « La plus grande surprise le matin de Noël, c’est de lire la mention ‘piles non fournies’ sur l’emballage du cadeau tant espéré ».


