La petite histoire des mots
Bière

Deux jours avant le début des compétitions, les autorités du Qatar et la FIFA sont revenues sur la décision de vendre de la bière aux supporters autour des huit stades du Mondial 2022. La vente de boissons alcoolisées n’est désormais autorisée que dans les fans zones et dans un petit nombre d’établissements, à l’écart des stades. Cette décision a passablement contrarié l’un des principaux sponsors du tournoi, ainsi que les amateurs de mousse.
Inutile de préciser que le mot « bière » désigne une boisson fermentée à partir de céréales, le plus souvent à base de malt, de houblon et d’eau. En français, ce terme, d’origine germanique, a progressivement remplacé, à partir du XVe siècle, le mot « cervoise ». La cervoise, ancêtre de nos bières modernes, est un breuvage alcoolisé, obtenu à partir d’orge, très en vogue au Moyen-Âge où elle était souvent parfumée avec des herbes aromatiques. Elle doit son nom au latin « cervesia » qui l’avait vraisemblablement emprunté à la langue des Gaulois qui en étaient de grands amateurs. En espagnol, la bière se dit toujours « cerveza ».
De quand date l’invention de la bière ? Nul ne le sait ! Seule certitude : les premières traces historiquement avérées de son existence remontent à environ 4000 ans avant J-C, en Mésopotamie, des tables d’argile témoignant de l’existence d’une boisson fermentée, brassée à partir de galettes de blé rouge et d’orge germés, cuites au four, puis mises à fermenter dans des jarres d’eau. On parfumait cette boisson, qui avait la vertu de stériliser une eau bourrée de germes, en y ajoutant des dattes et du miel. Les Egyptiens, quant à eux, fabriquaient une boisson alcoolisée à partir de céréales. Cette activité brassicole est décrite dans des fresques ornant certaines tombes.
Au Moyen Âge, les moines améliorèrent les techniques de fabrication et d’aromatisation de la bière en découvrant les vertus du houblon dont ils développèrent la culture. C’est également à eux que l’on doit l’invention de la fermentation basse. Le mot « bière » est sans nul doute issu de l’allemand ou du néerlandais « bier », les bières allemandes, ainsi que celles produites en Flandre et dans les Pays-Bas, ayant progressivement supplanté la cervoise en Europe de l’ouest. Les langues germaniques auraient peut-être, quant à elles, emprunté ce terme au latin « biber » qui signifie « boisson ».
L’expression « mise en bière » désigne l’opération qu’effectuent les pompes funèbres en plaçant le corps d’un défunt dans son cercueil, avant sa fermeture. Quel rapport avec le fait de savourer une bonne mousse ? Aucun ! Au VIIIe siècle, les Francs, utilisaient le mot « bera » pour désigner une planche de bois utilisée pour porter les malades, les blessés et les morts. Lorsque l’usage du cercueil en bois se répandit, à la fin du XIIe siècle, on prit l’habitude de l’appeler « bière ». Dans certains pays de l’Est, le mot « bera » est d’ailleurs toujours synonyme de brancard.
Terminons par cette amusante citation de Viktor Hugo, dans « Les Misérables », qui témoigne peut-être du fait que l’écrivain aimait bien se désaltérer en sirotant une bonne chope sans faux col : « Bière qui coule n’amasse point de mousse ».


