La petite histoire des mots – Ecole

Georges Pop | Le nouveau gouvernement vaudois a procédé à une vaste redistribution de ses dicastères, après les élections cantonales de ce printemps. C’est ainsi que, dès le mois de juillet prochain, le PLR Frédéric Borloz reprendra l’école, à la tête des départements de l’enseignement obligatoire et de la pédagogie spécialisée (DGEO), de l’enseignement post-obligatoire (DGEP), et de l’enseignement supérieur (DGES). 

Il est amusant de relever que le mot « école », qui pour nombre d’élèves, de parents et d’enseignants, évoque un devoir contraignant et parfois fastidieux, nous vient du mot grec « skholê» qui voulait dire… «arrêt du travail » ! Dans l’Antiquité, chez les Hellènes les plus aisés, les Athéniens notamment, se cultiver n’était absolument pas considéré comme une corvée, mais bien comme une liberté et un privilège. Aussi occupaient-ils leur temps libre, autrement dit leur « skholê », à parler de philosophie, de sciences, à se consacrer aux arts, au théâtre, à la gymnastique ou aux affaires publiques. Ces activités intellectuelles et physiques étaient associées à des valeurs de dignité et de noblesse propres à l’homme et étaient jugées bien supérieures à celles du travail, souvent confié aux esclaves, et attachées à la subsistance et aux dures contraintes du quotidien. Après avoir transité par le latin « schola », qui désignait un lieu d’étude, ou un loisir studieux, ce terme réapparut en vieux français sous la forme « escole », au XIe puis au XIIe siècle, pour désigner un établissement où l’on dispense un enseignement, ou encore un groupe d’élèves attachés à un maître. 

A la même époque, l’expression « estre en bone escole » voulait dire avoir une bonne source d’enseignement, alors que « appris de male escole » signifiait avoir été mal conseillé. Le mot « école » prit sa forme actuelle au milieu du XVIIIe siècle d’abord, curieusement, pour signaler une académie d’équitation, puis pour désigner un établissement dans lequel est dispensé un enseignement collectif, général ou spécialisé. 

Notons que mot grec « skholê » est aussi à l’origine des mots « scolaire », « scholastique » et du latin « scholaris » qui a donné, en vieux français, le terme « escolier », ancêtre des « écoliers » et « écolières » modernes. L’expression « faire l’école buissonnière », vient, quant à elle, du XVIe siècle, au temps de la Réforme. Les pasteurs luthériens, pourchassés par l’Eglise de Rome, se mirent à enseigner leur foi dans des écoles clandestines, à travers les campagnes, dans les bois, derrière des buissons. Les autorités ecclésiastiques de l’époque finirent par découvrir ces pratiques et interdirent formellement ces « écoles buissonnières ». De nos jours, cette expression ne s’applique plus aux pasteurs mais aux fainéants indisciplinés qui courbent les cours. La palme de la plus belle citation sur l’école revient sans doute à Victor Hugo, selon qui « Celui qui ouvre une école, ferme une prison ».  

Terminons cependant par cette autre citation de John Lennon, dont le nom reste inséparable de celui des Beatles: «Quand j’avais 5 ans, ma mère me disait toujours que le bonheur était la clé de la vie. Quand je suis allé à l’école, ils m’ont demandé d’écrire ce que je voulais être quand je serai grand. J’ai écrit « heureux ». Ils m’ont dit que je ne comprenais pas leur mission. Je leur ai répondu qu’ils ne comprenaient pas la vie ».