La petite histoire des mots
Médias

Georges Pop | Dimanche dernier, les électeurs suisses ont tranché : ils ont dit NON à une aide supplémentaire de 151 millions de francs aux médias suisses, mis à mal par la chute des recettes publicitaires et la concurrence des GAFA, les géants américains de l’internet que sont Google, Apple, Facebook et Amazon. Près de la moitié de cette somme était destinée à davantage financer la distribution des journaux. Les radios locales et les télévisions régionales auraient bénéficié, quant à elles, de 28 millions supplémentaires ; 30 millions de francs étant destinés aux médias en ligne. Les journaux gratuits ainsi que la SSR n’étaient pas concernés.
Le mot « médias », au pluriel, est entré dans le langage courant pour parler de l’ensemble des moyens de diffusion de l’information. Au singulier, il désigne un moyen de communication unique. Ce terme nous vient du latin « medium » (au pluriel, « media »), qui veut dire « milieu ». A la fin du XVIe siècle, l’anglais adopta ce mot, sans doute sous l’influence de l’italien. Mais ce n’est qu’au début du XXe siècle, aux Etats-Unis, qu’apparut l’expression « mass media » pour désigner l’ensemble des moyens de communication destinés à l’information du public. A la fin des années cinquante, le français emprunta, à son tour, « mass media » à l’anglais. Dans les deux langues, cependant, la forme courte « media » s’est très vite imposée.
Dans la langue de Molière, le mot a fini par se franciser, si bien qu’aujourd’hui, au singulier, on utilise majoritairement la graphie « média », avec un accent aigu, bien que la forme « media », sans accent, n’ait pas complétement disparu. Reste les questions suivantes, qui prêtent encore à discussion, voire à confusion : en anglais, « media » est un pluriel, dès lors en français, doit-on dire, un « médium », au singulier, ou un « média » ? De plus, faut-il mettre un « s » au pluriel de « médias » ? L’Académie française, ainsi que l’Office québécois de la langue française, ont tranché en faveur du singulier « média », avec un accent, et du pluriel « médias » avec un « s ». Au singulier, la forme latine « medium » est donc déconseillée mais elle n’est pas fausse. Elle est surtout utilisée par des latinistes, soucieux d’afficher leur érudition, et figure encore dans quelques dictionnaires.
Ce type de question s’est d’ailleurs posé aussi, par exemple, pour le pluriel du mot « scénario ». Dans ce cas, l’Académie a cependant confirmé qu’il convient d’utiliser « scénarios », plutôt que le très ampoulé « scénarii » pour trois raisons : d’abord ce terme est issu de l’italien, et non du latin ; ensuite son pluriel, dans la langue de Dante, est « scenari », avec un seul « i », et enfin que la règle, dans notre langue, est de franciser les mots d’origine étrangère. De nos jours, les médias, pour en revenir à eux, ne laissent personne indifférent. Il est inutile d’entrer ici sur la polémique, parfois venimeuse, à propos de leurs difficultés, de leur indépendance ou de leur prétendue soumission au pouvoir ou à l’économie.
Terminons juste par cette piquante citation de Philippe Bouvard, journaliste français, humoriste, présentateur de radio et de télévision, et également écrivain : « Les médias tiennent leurs informations moitié des gens qui souhaitent faire dire du bien d’eux-mêmes, et moitié de ceux qui voudraient faire dire du mal des autres ». Si cela est vrai, ce sont peut-être bien tous ceux qui n’ont pas été exaucés qui , dimanche dernier , ont fait pencher la balance…


